Je l’ai vu arrivé au loin, dans le couloir de l’entreprise où je travaille, accompagné de ses parents et de mon patron qui semblait leur faire visiter les lieux. Encore un stagiaire qui dormirait une bonne partie de la journée devant son poste et passerait l’autre à checker, plus ou moins discrètement, son fil d’actualité facebook sur son smartphone. J’ai baissé la tête en priant pour qu’ils ne s’arrêtent pas trop longtemps dans mon bureau, ayant assez à faire avec mes dossiers sans m’occuper des stagiaires. Lorsqu’ils ont passé la porte j’ai retenue mon envie de soupirer et levé la tête pour les saluer. Paul était entre ses parents, un grand sourire aux lèvres, et m’a dit avec sa petite voix “bonjour madame”. Il a serré la main que je lui tendais, toujours en souriant, et ils m’ont attentivement écouté expliquer le rôle de mon service et ce que nous pourrions apprendre à Paul.

Bien sur, j’ai vu dès que j’ai levé les yeux vers lui qu’il était différent…

Sa maman m’a expliqué qu’il connaissait déjà un peu notre travail grâce à un précédent stage, je lui ai posé quelques questions sur ses compétences et l’entretien s’est conclu comme cela. Mais je n’oublierais jamais le regard de sa maman au moment de quitter mon bureau, elle a posé la main sur l’épaule de son fils tout doucement et m’a dit “vous pourrez compter sur lui, Paul est un garçon volontaire.” Dans ses yeux brillait tout son amour et toute sa fierté pour son fils.J’ai cru y déceler un remerciement silencieux pour l’attention que j’avais porté à Paul.

Je ne saurais expliquer pourquoi mais cette femme m’a émue aux larmes. J’ai vu quelques chose en elle que je n’avais jamais vu avant. Un amour maternel si fort mélangé à l’instinct de protection d’une louve. Et puis je n’y ai plus vraiment pensé jusqu’au jour où Paul a commencé son stage.

Il est arrivé un lundi matin, en avance, avec ses crayons, un carnet pour prendre des notes et toute sa bonne volonté. Il a écouté tout ce qu’on lui a expliqué, à fait le tour de l’entreprise en cherchant à tout comprendre et n’a pas regardé son téléphone une seule fois. Il a pris part à chacune des tâches qu’on lui a proposé avec plaisir et application. Et surtout, il a mis de la bonne humeur partout où il est passé. Plein d’humour, il a rit à nos blagues et offert son beau sourire franc à chacun. Sa différence m’a semblé aussi être sa force, comme si elle lui donnait la possibilité de voir le monde et les gens plus beaux qu’ils ne sont et de les aider à s’améliorer par son sourire et sa bonne humeur.

Paul est différent. Paul est atteint de trisomie 21. Paul est l’une des personnes les plus gaies que j’ai rencontré.

Jamais je n’avais été confrontée au quotidien à une personne atteinte de handicap mental mais cette rencontre a changé le regard que je porte sur la trisomie. Avant je pensais qu’une personne en situation de handicap mental était forcément malheureuse de sa situation, de sa différence, et je ressentais de la peine pour elle.

Maintenant je sais que l’on peut souffrir d’un handicap mental mais sourire avec franchise toute la journée, prendre du plaisir à apprendre et travailler, rire dès que l’occasion se présente. Bien entendu, je ne connais que Paul, mais parfois, rencontrer une seule personne peut suffire pour changer le regard que l’on porte sur toute une population. À partir de maintenant, et grâce à lui, je saurais que handicap mental ne rime pas forcément avec tristesse, et que les personnes atteintes de trisomie 21 sont comme toutes les autres, des personnes à part entière, avec leurs émotions et leurs histoires. Je crois que l’on a beaucoup à apprendre des gens “différents”, quelques soient leurs différences, et même si je ne pourrais jamais lui dire en face, de peur de le perturber, je remercie Paul d’avoir chamboulé ma façon de percevoir les gens différents. En finissant d’écrire ces mots le rire de Paul résonne dans ma tête et je sais que le jour où j’aurais la chance de croiser à nouveau une personne atteinte de handicap, je débuterais cette nouvelle relation sans à priori aucun car on peut être différent et heureux comme on peut être “comme tout le monde” et malheureux, parce qu’il ne faut jamais oublier que derrière l’étiquette il y a avant tout une personne.

Suivez maman chamboule tout !

10 thoughts on “Un regard sur le handicap : le rire de Paul…”

  1. Ton article est très touchant. Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de l’époque de la primaire mais je me souviens néanmoins qu’une après-midi par semaine, mon école recevait des poly-handicapés avec lesquels nous échangions, jouions, discutions. C’est resté un très bon souvenir dans mon esprit. Ces jeunes étaient en fauteuil et présentaient des retards mentaux plus ou moins importants mais ils étaient heureux de vivre et très ouverts aux autres. Je me souviens même m’être attachée à une Julia, alors que je devais avoir 8 ans! Les personnes atteintes de handicap ont beaucoup à nous apprendre.

    1. Oh oui, tellement a nous apprendre ! Je trouve cela génial qu’une école organise ce type de rencontre ce serait vraiment chouette que ça soit le cas dans toutes les écoles afin que les enfants se familiarise avec la différence.

  2. Il est beau ton article ❤️.
    Déjà si la France pourrait arrêter de cloisonner sa population, les vieux avec les vieux, les handicapés avec les handicapés, les bébés avec les bébés, les 3 ans avec les 3 ans… C’est ridicule et tellement contre nature. La diversité est une richesse.

    1. Merci chère Dinde, ça me touche ! Oui ce cloisonnement n’apporte rien de bon, c’est tous ensemble qu’on peut le mieux apprendre et évoluer. Petite anecdote concernant ce cloisonnent : le papa de bébé Lu fait du bénévolat, il rend visite à des personne âgées en HEPAD. L’autre jour j’en parle à une connaissance et lui raconte qu’il aime emmener bébé Lu avec lui, que bébé Lu adore y aller et que ça enchante les personnes âgées, que du bénéf’ donc. Et là cette personne me répond « mais c’est horrible d’emmener un bébé là-bas, il ne faut pas qu’il voit ça ! »… Hummm… qu’il ne voit pas quoi au juste? Des personnes pas très belles parce qu’elles sont âgées ?!!! Qu’il croit en grandissant que la vieillesse est moche et taboue ? J’étais choquée et attristée… Bref, y’a encore du chemin à parcourir !

  3. C’est vraiment un très joli article :). Effectivement mettre un visage sur un handicap peut aider à nous donner un aperçu de leur réalité au quotidien. En ce qui concerne la T21, le degré d’autonomie varie vraiment selon les individus et certaines personnes atteintes de cette pathologie vivent même dans leur propre logement dans une résidence où ils peuvent solliciter de l’aide en cas de besoin :). Et lorsque je bossais là bas, je me souviens aussi que leur rire était communicatif.

    1. Merci beaucoup ! Oui j’ai cru comprendre en effet que certaines personnes atteintes de T21 pouvaient être indépendantes, je ne pensais pas… Ça a du être enrichissant de travailler à leur contact !

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