collège et bienveillance éducativeCette année, Grande Ju a fait son entrée au collège. Elle a pris son courage à deux mains, de toute façon elle n’avait pas trop le choix, et elle a franchi le gouffre qui sépare l’école primaire qu’elle connaissait par coeur pour atterrir dans un collège qui compte environ 500 élèves. Je ne vous cache pas que ce changement la stressait même si elle était curieuse de découvrir la 6ème ! Nous l’avons rassuré du mieux que nous pouvions, mettant en avant les côtés positifs : plus d’autonomie, le changement de prof à chaque matière (comme ça s’il y en a un que tu peux pas encadré, dis toi qu’au bout d’une heure, deux maxi, tu en auras un autre), le self à la place de la cantine, tout ça tout ça quoi !

La vérité c’est que ni papa d’amour ni moi n’avons de bons souvenirs du collège. Pour nous ça reste une période ingrate où, couvert de boutons pour lui, un peu moins pour moi, nous tentions de comprendre les codes sociaux régissant les adolescents, essayant  bon gré mal gré, de nous intégrer sans obtenir de résultats probants. J’en garde un arrière goût amère des moqueries de camarades surement aussi mal dans leur peau que moi, par rapport à telle jupe, tel tee-shirt ou telle coupe de cheveux (quelle idée aussi de mettre encore des jupes au collège !). Suite à cette triste période est venu le temps où, pour m’intégrer aux groupes populaires, je suis devenue aussi stupide que les autres. En bref, le collège c’était l’angoisse ! Alors pas facile, dans ces conditions, d’être crédible quand on rassure Grande Ju, mais on a vraiment fait au mieux.  

Et puis la rentrée est arrivée et papa d’amour l’a emmené au collège. Jusque là les choses avaient été bien faites, les parents étant invités à accompagner les enfants à l‘intérieur de l’établissement pour qu’ils ne soient pas trop perdus. Il s’est avéré que Grande Ju n’avait aucun copain dans sa classe, les enseignants de primaire devaient pourtant participer à l’élaboration des classes… oui mais, quand ils sont arrivés le collège les a gentiment renvoyer chez eux car tout était déjà fait. Alors je sais bien que les aspirations de chaque élève ne peuvent pas être prise en compte, mais il me semble quand même important que les professeurs des écoles qui les connaissent puissent participer.

Donc nous en étions là, avec une Grande Ju dépitée mais qui a suivi la prof principale pour aller à son premier cours. Elle est sortie du collège quelques heures plus tard toute triste pour finalement éclater en larmes dans la voiture de sa maman.

La première semaine a été à l’image de cette rentrée : stressante ! Comprendre le fonctionnement du collège n’est déjà pas évident, mais en plus les CPE et autres intendants n’ont rien fait pour aider les élèves, se contentant de les réprimander si ils n’avaient pas tout compris, apparement certaines explications quant aux modalités de sorties du collège n’avaient même pas été expliquées… Grande Ju n’est pas la seule à être sortie plusieurs fois du collège en pleurant !

La réunion de début d’année a achevé de stresser papa d’amour… Bien entendu certains profs lui ont “plu” mais le discours des autres ne respirait pas la bienveillance et l’image qui est venue à papa d’amour pour illustrer ce qu’il avait ressenti quand à la façon d’appréhender l’enseignement est la suivante :

“J’ai eu l’impression qu’ils allaient mettre tous les élèves autour d’une grande table sur laquelle il y aurait des tas de plats à goûter et déguster, et qu’au lieu de les laisser découvrir ils allaient les forcer à tout manger jusqu’à l’indigestion sans profiter de rien !” Les plats étant les matières à découvrir et à apprendre, le gavage la façon dont il lui semblait que les enseignants allaient pratiquer pour que les élèves maîtrisent tous les sujets.

Alors voilà, bien entendu les enfants doivent apprendre à s’adapter, il est certain que dans la vie il y a des difficultés et qu’il faut apprendre à les gérer, mais l’ajout d’un soupçon de bienveillance à l’attitude des encadrants ne me paraît pourtant pas la mer boire et cela leur ferait tellement de bien ! Bien entendu ils ont beaucoup de boulot, oui travailler dans un collège est surement loin d’être facile mais lorsqu’on choisit de travailler au contact des humains, quelques soit leur âge, je pense qu’il est important de ne pas perdre de vue qu’ils ont des sentiments et qu’un peu de compréhension peut tout changer ! Ce qui est certain, c’est que si nous allions à l’école dans une ambiance bienveillante chaque élève le serait un peu plus et que tout le monde y gagnerait (générique de fin à l’américaine… ).

Pour écrire ce billet je me suis uniquement inspirée de l’expérience d’une élève dans un collège, alors bien entendu je ne généralise pas. J’ignore comment ça se passe ailleurs et même au sein de cet établissement je suis certaines que certains encadrants/profs cherchent avant tout à intéresser les enfants dans une ambiance de respect et de bienveillance. Mais tout de même, j’ai l’impression que l’Éducation Nationale à de sérieux progrès à faire, parce qu’à force de faire passer le contenu à apprendre avant l’élève on finit souvent par le dégoûter !

Et pour vous, comment s’est passée la rentrée ?

Suivez maman chamboule tout !

10 thoughts on “Rentrée au collège et bienveillance éducative, est-ce incompatible ?”

  1. Ton article est très triste, il dépeint une réalité qui est que ce monde est bien rude, les personnes sont durs, enfants, adolescents ou adulte. La question est toujours la même. Parfois même entre adulte il n’y a ni respect ni patience ni quoi que ce soit de bien agréable. J’en fait les frais dans mon quotidien parfois (au téléphone pour prendre un rendez-vous par exemple…) et je me dit waw certaines personnes manquent vraiment d’empathie. Quand on travaille avec l’humain il faut avoir un minimum d’humanité !
    Je partage ton point de vu, à l’école c’est encore pire, nos enfants ne sont pas forcément préparé à tout ces combats de loups alors quand les adultes s’y mettent et qu’ils se retrouvent face à un mur… Tout ceci est très triste est bien réel. Il y a des personnalités, certains sont sympas, d’autres n’ont même pas d’enfant, et puis il y a ceux qui détestent la vie…
    Tout cela forgera nos enfants, et nous, parents sommes là pour les soutenir.
    EM.

    1. Tu as raison EM, nous sommes là pour soutenir nos enfants et les accompagner mais je pense sincèrement que les choses peuvent changer ! C’est aussi et surtout pour ça que j’ai ouvert ce blog, je sais qu’il existe des centaines de blogs qui parlent de bienveillance mais je me dis que plus il y en aura, plus on aura de chance d’apporter des petites pierres à un grand édifice !

  2. Le collège… et les souvenirs qu’il laisse ! Ce n’est pas forcément une période facile et je souhaite à ta Grande Ju d’y trouver ses marques. Ce qui faciliterait, c’est sur, c’est un accompagnement basé sur la bienveillance mais comme tu le dis, on a encore du chemin à parcourir. Ce mot est récent et à « la mode » mais il en faudra un peu plus pour qu’il soit porté par tout un chacun au plus près de ses valeurs…
    La phrase de ton chéri assimilant le collège à une indigestion est très parlante ! En espérant que ta Grande Ju ne soit pas « gavée » de tous un tas d’enseignements au détriment de son plaisir d’apprendre. Mais je suis sure que vous serez là pour veiller au grain 😉

    1. Comme tu le dis Charlotte, la bienveillance est pour l’instant « à la mode » mais n’est pas encore une valeur répandue « pour de vrai », espérons qu’un jour elle le sera et comme tu dis, on essaie de veiller au grain du mieux possible !

  3. Pour être en plein dans cet univers (prof en collège), je peux te dire que ça a hélas du vrai mais que cela dépend énormément de l’établissement, du personnel et des élèves (j’ai enseigné dans plusieurs bahuts). Pour ma part, j’essaie d’être bienveillante tout en faisant comprendre que le respect des règles de vie est indispensable pour tous. Néanmoins, je ne me place pas plus haut que les élèves, vois leurs difficultés comme une marge de progression et non comme un frein, je m’efforce d’être souriante, toujours dans le respect et la considération ainsi que dans le dialogue (quand c’est possible, avec un ou deux énergumènes par classe, c’est vain). J’ai toujours eu un bon rapport avec mes classes, un climat de boulot serein sans bordel pour autant. Bons rapports d’inspection, tout ça. Cependant, on est tous différents, on a tous une manière différente d’enseigner. Même moi, d’une classe à l’autre, je ne ferai pas pareil. Il faut aussi savoir que les élèves, d’un bahut à l’autre, sont plus ou moins « tendres » entre eux. J’ai enseigné dans un bahut privilégié, les élèves étaient des ordures entre eux, c’était la course à la réussite et au conformisme. Dans mon collège de REP où j’entame ma 5è année, c’est beaucoup moins présent.
    Quant à l’accueil des 6è, c’est progressif dans mon bahut. Journée de découverte en fin de CM2 puis journée de pré-rentrée qui leur est exclusivement consacrée en début d’année. On a toujours au moins 2-3 élèves d’une même école dans une même classe, ça me semble évident! Bon courage à grande Ju, les choses vont se faire progressivement.

    PS: j’ai détesté mes années collèges et c’est entre autres pour ça que j’ai voulu enseigner dans cet univers difficile: essayer avec mes petits moyens de l’adoucir un peu…

    1. C’est un joli choix de vouloir enseigner dans un collègue pour améliorer ce qu’on y a pas aimé !
      Je suis tout à fait d’accord avec toi sur les relations entre élèves d’établissements privilégiés. J’ai fréquenté (pas très longuement) un collège lycée privé très réputé et l’ambiance y était exécrable.
      J’espère certains profs de grande Ju sont comme toi, l’avenir nous le dira !

  4. Que de mauvais souvenirs le collège. Pas vraiment de la part des professeurs (des bons, des moins bons mais dans l’ensemble pas de grand méchant loup) mais plutôt entre les élèves. Comment apprendre quand la moitié de ta classe se moque de toi 😔 ?! Du CM2 à la terminale j’étais dans un établissement privé à 1700 élèves, dans des classes d’au moins 30 élèves 😔, où personne ne regarde qui se cache derrière les notes. Bon courage à ta fille !

    1. Tu n’es pas la première à me parler des relations des élèves entre eux, moi aussi j’ai été victime de moqueries, et quand je fais le bilan c’était de loin le plus difficile au collège. La question à se poser est la suivante : si les élèves avaient évoluer dans un meilleur climat scolaire depuis la maternelle est-ce que ça aurait changer leurs relations entre eux ?

  5. Mon dieu ! Mais c’est horrible comme accueil. Ils sont adeptes du « je te jette à l’eau pour que tu apprennes à nager tout seul et si tu coules ben essaies de ne pas te noyer » ? L’adolescence est déjà assez difficile comme ça, pas besoin de rajouter du stress dans l’organisation.

    A mon époque (début des années 2000) on avait une journée au collège au primaire, et plusieurs jours pour s’adapter sans les autres niveaux.

    Je sais qu’il y’a peu de moyens, mais mince, avoir un peu d’humanité ça coute pas des millions non plus !

    1. Je trouve ça génial les jours d’adaptation dont tu parles où seules les 6ème sont dans l’établissement, j’ignorais que ça se faisait ! Et comme tu le soulignes, pas besoin de moyens pour être plus humain !

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