P'tits bouts de vie

Parler de nos émotions à nos enfants

Dans beaucoup d’esprits, l’éducation bienveillante, positive, en conscience, appelez-la comme vous le voudrez, rime souvent avec perfection. Combien de critiques peut-on lire sur les parents soit disant “parfaits” qui ne crient jamais, ne s’énervent jamais, qui sont, en somme, des robots inexpressifs.

Cette vision de la parentalité bienveillante me laisse toujours pantoise. Comment peut-on croire cela ?

Bien entendu, c’est facile de critiquer et de supposer que les parents qui tentent d’éduquer leurs enfants en conscience sont des non-personnes, plutôt que de se remettre en question, mais ça c’est un autre débat…

Toujours est-il que, je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais dans la famille Chamboule Tout il nous arrive de nous énerver, de craquer, de crier… bref… nous sommes humains !

Et vous savez quoi, je pense que c’est une bonne chose pour nos enfants que nous exprimions nos sentiments.

Imaginez 2 minutes : des parents toujours calmes et d’humeur égale, jamais tristes, jamais fatigués, jamais euphoriques… bref, des robots plus que des parents.

En toute honnêteté, je n’ai aucune envie que mon fils ait cette image de nous. Comment apprendre à un enfant qu’il a le droit d’exprimer ses sentiments, que ceux-ci sont sains, si nous ne le faisons pas non plus ? Quelle image aura-t-il alors des adultes ? Se dira-t-il qu’un adulte doit toujours être fort et prendre sur lui ? Souhaitera-t-il tendre vers cet idéal froid et impossible à atteindre ? Ce n’est pas, mais pas du tout, ce que je veux pour mon fils. J’ai envie qu’il soit conscient qu’un adulte, tout comme un enfant, ressent une palette de sentiments extrêmement large et variée. Je veux qu’il sache que nous sommes tous humains, tout simplement.

Alors, bien entendu, il m’arrive de crier, d’être fatiguée, triste, de perdre patience. C’est la vie. En revanche, ce qui m’aide à ne pas craquer c’est d’expliquer à petit Lu ce que je ressens. Si la nuit a été mauvaise, qu’il s’est beaucoup réveillé et que ma journée de travail ne m’a pas épargné je le lui explique. En rentrant de la crèche on discute tranquillement de sa journée, de la mienne, et j’en profite pour lui expliquer ce que je ressens et lui dire que ce soir je risque d’être moins patiente. En général, j’ai l’impression qu’il comprend et qu’il est plus calme. Les enfants ont un sens inné de l’empathie et je sens qu’il prend sur lui pour obéir quand je lui demande quelque chose. Il peut aussi arriver que je ne lui en parle pas, que le coup de fatigue vienne soudainement, qu’un événement me fasse perdre patience. Il y a quelque jours, petit Lu a monté une voiture en métal dans la chambre en allant au lit. Il avait roulé dehors et je ne voulais pas qu’il la mette dans les draps (un peu maniaque la fille, on ne se refait pas…). Je lui ai proposé de la poser sur le commode mais comme il ne voulait pas il s’est mis à gigoter dans tous les sens et en voulant l’attraper je me suis pris un coup de voiture dans la tête. J’ai eu mal, j’ai crié, je lui ai pris arraché la voiture des mains. Forcément, il a pleuré. La douleur passée (je souffrais atrocement, rigolez pas) je lui ai proposé une tétée pour qu’on se calme tous les deux et je lui ai expliqué pourquoi j’avais réagi comme cela. Je me suis excusée d’avoir crié.

Je crois sincèrement que les enfants sont tout à fait aptes à comprendre les sentiments et leurs expressions.

Bien entendu, il me paraît également nécessaire de leur expliquer, et de tenter de leur apprendre, qu’il est aussi important de savoir se contenir quand le sentiment n’est pas trop vif. Leur expliquer ce qu’on ressent avant de craquer me parait une bonne solution pour y parvenir. Mais, malgré tout, les “craquages” font partis de la vie. J’ai envie d’armer mon fils au mieux pour qu’il puisse affronter la “vraie vie” avec bienveillance et intelligence et non pas de le maintenir dans un cocon tout doux dont la sortie pourrait s’avérer particulièrement difficile pour lui.

 

Pour conclure sur ce sujet, je pense sincèrement que ce qui fait la différence entre les parents qui s’essayent à une éducation en conscience et ce qui s’accrochent à leurs principes n’est pas l’absence d’expression de leurs sentiments. Non, ce qui change du tout au tout, c’est que les premiers, même s’ils craquent aussi, se remettent en question. Ils s’interrogent, revoient leur considération de l’enfant, se trompent, doutent, râlent, pleurent, s’arrachent les cheveux, mais ils sentent au fond d’eux qu’ils doivent évoluer.

Et tous semblent chercher à atteindre un même idéal : apprendre à respecter l’enfant et ses sentiments, à le considérer comme leur égal.

 

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14 commentaires

  • Maëliss Doula

    Oh waw, merci pour ton article. Il rejoint deux articles que je suis en train d’écrire. L’un sur les « malentendus » de la parentalité positive. Toutes les idées reçues à son sujet, ce qu’on pense que c’est, ou pas… et ce qu’il en est en vrai. Et l’exemple de « parent parfait » fait partie de ma liste! Pour allez plus loin il y a d’ailleurs le livre d’Isabelle Filliozat « Il n’y as pas de parent parfait ».

    Et pour le deuxième point ce sont des outils pour ces moments où c’est si difficile. Et oui, décrire ce que nous en ressentons en fait partie! Si précieux! Et comme tu le dis si bien, cela permet à l’enfant d’apprendre. C’est une des premières étapes; permettre à l’enfant de modéliser.

    Et donc, oui, on pète des cables… et nous avons aussi de cette manière la possibilité de leur montrer que quand nous allons trop loin, nous pouvons nous excuser et réparer la relation.

    Merci pour ton post. 🙂

    • Maman chamboule tout

      Merci pour ton commentaire, j’ai hâte de lire ces articles en réparation ! J’ai lu quelques Filliozat mais pas tous malheureusement, je vais ajouter celui-ci à ma liste !

  • Charlotte - Enfance Joyeuse

    Clap clap clap clap clap clap clap clap ! (c’est un tonnerre d’applaudissements 😉 )
    J’ai ADORÉ ton article !!!!!
    Comme je suis d’accord avec ce que tu défends !
    Il y a cette étiquette qui colle aux parents qui tendent à une éducation positive, bienveillante et en conscience : ils chercheraient à être parfaits ! Mais comme tu le soulignes, c’est bien le contraire !
    Apprendre à respecter l’enfant comme son égal demande des remises en question, certes, mais cela nous apprend aussi à conjuguer avec ce que nous sommes ! Avec nos failles notamment.
    PERSONNE N’EST PARFAIT. On cherche juste à faire au mieux avec nos valeurs à nous. Celles qui nous portent !

    • Maman chamboule tout

      Tu as raison, c’est tenter l’approche bienveillante c’est avant tout composer avec ce que nous sommes, avec nos failles, en tentant soit de s’améliorer, soit de s’accepter, souvent un peu des deux d’ailleurs ! Merci Charlotte !

  • Petitsruisseauxgrandesrivieres

    Très bon article ! Pour répondre à ta question, pourquoi une vision caricaturale de la parentalité : parce que de nombreuses mères pratiquant l’éducation positive donnent une vision caricaturale d’elles-mêmes. J’en vois certaines sur Instagram. (tu n’en fais pas partie 😉) Elles racontent leur calme olympien en toutes circonstances, leur effroi face à une maman (forcément maltraitante) qui criait ou parlait sèchement à son enfant dans la rue, sans avoir vu ce qui s’est passé l’heure avant cet épisode de 10 secondes, etc… Parfois en effet je suis effarée de lire des énormités de la part de ces personnes.
    Donc ton article est bienvenu ! Et effectivement, il est réaliste. Ne jamais contraindre un enfant (à se laver les dents, à manger autre chose que ce qu’il aime, à se coucher à une heure appropriée) est maltraitant, pas bienveillant. Ne pas leur montrer que les adultes ont des limites et des besoins, n’est pas bienveillant. S’oublier dans la maternité n’est pas forcément bienveillant, et pose également question sur la relation de couple. Beaucoup de questions, merci à toi d’ouvrir le débat !

      • Maman chamboule tout

        Oui, se remettre en question, encore et encore (c’est que le début d’accord, daccord… oups, je m’égare 😂). En tout cas on est sur la même longueur d’onde, tout du moins pour ce qui est de l’éducation, la musique c’est un autre sujet !

    • Maman chamboule tout

      Merci beaucoup Marie pour ce commentaire ! Je suis bien d’accord, certaines mères « bienveillantes » me donnent des boutons
      . Après je crois aussi que le jugement est une telle composante de notre mode de vie et de pensée qu’on ne peut pas toujours s’en empêcher, c’est souvent plus fort que nous, on juge ceux qui ne font pas ou ne pense pas comme nous, enfin c’est mon cas, même si j’essaie de m’améliorer (avec difficultés…)

  • 3 kleine grenouilles

    Je plussoie ce que PRGR a écrit. Quant on voit à quel point, certaines mamans bienveillantes jugent les autres, distribuent les bons et les mauvais points sans avoir la moindre idée de ce que ces mamans vivent au quotidien, ça m’exaspère au plus haut point.
    Alors, oui, ce matin, j’ai vu une copine mettre une tape sur les fesses à son petit de deux ans qui faisait une colère phénoménale en plein milieu du parking de l’école et voulait se sauver au milieu des voitures. Mais je la connais, je sais ce qu’ils vivent en ce moment et je sais qu’elle l’a fait car elle était totalement à bout et n’avait sur le coup plus l’énergie de chercher une autre solution. Ça aurait servi à quoi que j’aille lui faire la morale ? Et de quel droit aurais-je eu le droit de le faire ?

    • Maman chamboule tout

      Je pense en effet qu’il est inutile de faire la morale, en général c’est mal pris et ça ne sert qu’à braquer. Je préfère l’idée de tenter de donner l’exemple que l’on considère comme étant le meilleur possible… mais une main levée sur un enfant me choque de plus en plus, même si le parent est épuisé et qu’on peut le comprendre, ce que ça démontre c’est, à mon avis, qu’on est encore loin de considérer les enfants comme les autres humains… si cette dame avait levé la main sur la grand-mère sénile qui voulait se sauver, est-ce que ça n’aurait pas plus choqué ? Un adulte qui en frappe un autre, quelques soient les raisons, va souvent être arrêté par ses congénères qui voient là un acte de violence…. alors que quand c’est enfant… je ne dis pas qu’une claque ne m’échappera jamais, je n’en sais rien en vérité, mais je sais que je serais plus encline à lever la main sur un enfant que sur un adulte et c’est ce que je rêve de changer, d’abord chez moi et, sait-on jamais, peut-être que ça donnera des idées à d’autres…

      • 3 kleine grenouilles

        J’ai été choquée aussi mais je pense que pour cette amie, l’épuisement, le stress qu’ils sont en train de vivre et le fait que son enfant la tapait alors qu’elle essayait de le maintenir pour qu’il arrête de courir et de vouloir traverser sans faire attention aux voitures font qu’à un moment, elle n’a plus eu les capacités de réfléchir et n’a trouvé que ça comme réaction. Je ne cautionne pas du tout, je dis juste que, oui, ça peut arriver à n’importe qui. En l’occurrence, je ne pense pas qu’on ne considère pas les enfants comme les autres humains. Taper un enfant choque tout autant que taper une personne âgée ou un adulte.

        • Maman chamboule tout

          Ta réponse est très intéressante car je me demande si elle ne met pas en avant la différence entre la France et l’Allemagne ! Chez nous la fameuse « loi anti-fessées » (les VEO passent à la trappe !) a vu de sacrées réactions qui prouvent que pour beaucoup de français ça n’est pas du tout dans les mœurs d’offrir la même considération à un enfant qu’à un adulte !

  • Nanakie

    Ca , c’est quelque chose avec lequel j’ai encore du mal…parce que j’identifie encore mal mes propres émotions, donc en parler à ma fille n’est pas aisé ! Mais j’y travaille, j’y travaille … et j’entraîne mon Chéri avec moi !
    Ma fille commence à reconnaître ses colères et nous en faire part ! C’est une belle victoire quand elle semble fâchée et me dit « Maman, colère [son prénom] ! » parce que je me dis que l’apprentissage est sur la bonne voie (même s’il reste bien du chemin bien sûr).

    article très juste et sincère comme d’habitude 😉 !

    • Maman chamboule tout

      Merci beaucoup 😊
      Oui ça nous pousse à travailler sur nos propres émotions et en effet c’est parfois difficile. Papa d’amour a un mal de chien à identifier ce qu’il ressent mais à force d’entraînement je suis certaine que ça viendra !

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