J’ai longtemps hésité avant d’écrire cet article. Je n’étais pas sûr qu’il soit légitime d’aborder le sujet de la péridurale sans être médecin et sans avoir de connaissances médicales. Et puis je me suis dit que, finalement, ce n’est pas parce qu’on appartient pas au milieu médical qu’on n’a pas le droit de s’interroger sur certaines pratiques et de remettre en cause certaines façons de faire du milieu hospitalier. J’ai donc fait pas mal de recherches et je me suis appuyée sur des résultats d’études médicales pour rédiger ce billet.

Cet article n’a pas vocation à dénigrer la péridurale, encore moins à influencer les femmes qui seraient sur le point d’accoucher. J’ai moi-même accouché sous péridurale et ça s’est plutôt bien passé. Oui mais… au fur et à mesure de mes lectures et de mes discussions avec des femmes un peu plus éclairées que moi sur le sujet il s’est avéré que j’ai découvert pas mal de choses dont j’aurais aimé qu’on m’informe avant d’accoucher comme j’étais quand même la principale intéressée !

Je voulais donc apporter aux lectrices des informations que le corps médical ne semble pas trouver nécessaire de donner afin qu’elles connaissent les effets de la péridurale sur l’accouchement., car oui, un accouchement sous péridural ne se déroule pas comme un accouchement physiologique.

Lors de mon rendez-vous avec l’anesthésiste de l’hôpital dans lequel j’allais donner naissance à bébé Lu on m’a brièvement parlé des risques d’une péridurale ratée mais pas de l’impact de la péridurale sur l’accouchement en lui-même. J’ai tendance à considérer cela comme de la désinformation. Les femmes qui s’apprêtent à mettre un enfant au monde sont en droit de savoir quelles différentes options s’offrent à elles en matière d’accouchement et le fait que la péridurale soulage également le corps médical ne devrait pas entrer en ligne de compte.

En France, 77% des femmes ayant accouchées par voie basse ont reçu une péridurale. C’est donc la norme pour les femmes françaises. Mais lorsque l’on se penche sur ce qui se passe à l’étranger on tombe sur des données qui semblent aller à l’encontre de nos habitudes. En Suède, un accouchement sous péridurale est automatiquement considéré comme un accouchement à risque. Alors pourquoi ?

 

Les modifications en cours d’accouchement

Tout d’abord, ce qui peut sembler évident mais ne l’est pas forcément pour toutes les femmes (ça ne l’était pas pour moi), c’est l’impossibilité d’accoucher dans une position physiologique sous péridurale. L’anesthésie ne nous permet pas de tenir debout ou accroupis par exemple, en générale seule la position couchée est possible. La variante sur le côté commence à se développer doucement mais on ne la propose pas encore systématiquement dans tous les hôpitaux. Accoucher allongée complique la descente du bébé dans le bassin et l’empêche d’exercer la pression importante sur le plancher pelvien qui contribue au réflexe de poussée.

 

Les sécrétions hormonales sont modifiées par les anesthésiants

La sécrétion d’ocytocine chute au moment de la pose de péridurale. Il en résulte une diminution, voir un arrêt, des contractions de l’utérus qui permettent l’avancée du travail et la descente du bébé. On la remplace donc par de l’ocytocine de synthèse qui peut être à l’origine d’hémorragies du post partum (première cause de décès maternel en France).

La sécrétion de bèta-endorphine est également fortement réduite. Il s’agit de l’hormone du stress générée par le corps lors d’un accouchement afin d’aider la mère à dépasser ses limites.

Idem pour la sécrétion de catécholamines (adrénaline et noradrénaline). Ces hormones permettent normalement l’expulsion du bébé et le fait qu’elles soient en trop faible quantité dans le corps de la femme sous péridurale rend l’expulsion plus difficile.

Les muscles de la femme ne réagissent plus comme ils le devraient

La péridurale provoque un engourdissement des muscles du plancher pelvien d’où peut découler une mauvaises position du bébé et plus de risque de manipulation (ventouse, forceps, …).

Toutes ces modifications du fonctionnement normal du corps de la femme durant un accouchement augmentent les risque que l’enfant se retrouve bloqué dans le bassin et donc la nécessité d’utiliser des instruments comme les forceps et la ventouse, ou même d’avoir recours à une césarienne. Les Épisiotomies et déchirures sont aussi bien plus fréquentes.

 

Les problèmes post accouchement

L’ocytocine joue un rôle important dans la création du lien d’attachement mère-enfant et sa diminution peut avoir un impact.

La mise en route de l’allaitement peut également être plus difficile. D’une part car le manque d’ocytocine peut perturber la mise en route de la lactation et d’autre part car le liquide injectée par perfusion à la mère durant l’accouchement peut être à l’origine d’un gonflement du téton et donc d’une prise du sein plus compliquée pour le bébé.

 

Les effets de la péridurale sur l’enfant

Un bébé qui a été exposé aux effets de la péridurale n’aura pas le même comportement. Il sera plus “endormi” et risque de ne pas chercher à téter ou de ne pas en avoir la force.

Des lésions périnéales sont également à craindre. Elle peuvent ne pas être remarquées par les médecins et avoir un impact important sur la vie future de la mère.

 

Ce que la péri apporte au milieu hospitalier

La raison du recours quasi-systématique à la péridurale se trouve en partie dans le confort qu’elle apporte aux soignants.

Dans des hôpitaux surchargés où les sage-femmes et les obstétriciens ne savent plus où donner de la tête elle trouve tout son sens. Une femme allongée sous péridurale est bien plus facile à prendre en charge qu’une femme qui souffre et souhaite être accompagnée dans la douleur. La péridurale permet également de gérer le rythme des naissances. En cassant les contractions elle ralentit les accouchements et les soignants n’ont plus qu’à augmenter ou diminuer la quantité d’ocytocine de synthèse pour gérer le rythme des naissances.

La péridurale trouve également tout son sens dans notre culture où il est de bon ton de gérer ses émotions en silence. L’état second dans lequel un accouchement physiologique plonge les femmes est souvent mal perçu. Les femmes qui semblent sous l’emprise de la drogue puissante que peuvent être les hormones met souvent mal à l’aise.

Bien entendu, elle peut aussi être un outils formidable et les avancées que la recherche à fait en matière de péridurale permet de mieux les doser. Mais il me semble pourtant nécessaire qu’enfin les femmes soient réellement mises au courant de ce dont il s’agit et de ce qu’elle peut changer au cour de leurs accouchements.

Et vous, avez-vous accouché sous péridurale ? Aviez-vous été informée de ce que cela change par rapport à un accouchement physiologique ?

Suivez maman chamboule tout !

14 thoughts on “L’impact de la péridurale sur l’accouchement”

  1. Moi par contre je me suis prise une dose de cheval de péridurale 😛 et je précise que madame était en forme pour tétér 😛. Sa force de succion c’était juste de la folie 😂. Moi par contre j’étais complétement claquée.
    Que la péridurale complique l’accouchement, la poussée, le fait que l’épisio ou les instruments soit plus fréquents etc j’étais au courant mais impossible de me souvenir si je l’ai lu ou si c’est quelqu’un qui m’a briefer à ce sujet 🙈.
    Le problème c’est que sans péridurale il faut une équipe présente, patiente, bienveillante et cela semble se raréfier. Le week-end où j’ai accouché ma maternité était débordée, ils ont du déborder dans le service d’à côté et il y avait un embouiteillage pour aller en salle d’accouchement. Impossible pour la sage femme d’accompagner la maman sans péri…

    1. Je suis bien d’accord avec toi… il faut bien plus de personnel pour accompagner des femmes qui n’ont pas la péridurale et ça arrange le milieu médical de la poser systématiquement. Mais moi je n’étais pas au courant de tout ça, je n’avais pas fait de recherches non plus et ça n’aurait peut être rien changer à mon choix d’accoucher avec mais j’estime qu’on a tout de même le droit d’être informé, et pas que des avantages !
      Bébé Lu aussi avait une force de succion hallucinante, je n’ai été sous péridurale que deux heures et je n’ai appuyé qu’une seule fois sur la pompe, je ne sais pas si ça a joué !

  2. Aaaaaaaaaaaah la péridurale, vaste sujet… J’ai raconté mon dernier accouchement (sans péri) sur mon blog, je ne vais pas te le redire, mais comme j’ai accouché avec (1e et 2e) et sans (3e), j’ai un point de comparaison.
    Tout ce que tu dis est très juste : la péridurale ralentit le travail, et permet d’avoir un accouchement dans le calme, pour le corps médical. C’est plus gérable avec un personnel en sous-effectif chronique. Accoucher sous péri est beaucoup moins physiologique, et empêche la motricité libre pendant le travail ce qui est un point négatif.
    Etant partie sur ce constat, j’ai voulu tenter le sans péridurale pour mon 3e. Cela m’a fait passer l’envie d’accoucher, d’être enceinte, voire même de faire l’amour pour le reste de ma vie. Certes cela a été rapide, c’était un 3e, mais j’ai souffert atrocement et c’était très stressant pour mon mari et pour l’équipe (ils étaient super nombreux, je hurlais tellement que j’ai rameuté beaucoup de monde). Clairement, avec une péri le travail aurait été plus lent, mais la naissance aurait été beaucoup plus sereine pour moi et pour notre bébé.
    Pour mes accouchements précédents sous péri, même si j’ai accouché dans un grand hôpital, j’ai eu la chance que mes souhaits de positions soient acceptés (en suspension pour n°1 et sur le côté pour n°2) et j’en garde un souvenir très doux, très agréable. Pour le 3e sans péri, la douleur était telle que je n’ai rien maîtrisé du tout. En revanche là où je suis d’accord avec toi, c’est que je me suis remise super vite, et 2 heures après la naissance je me baladais debout. Pour autant, je ne recommencerais pas cette expérience 😀

    1. Merci de livrer ton expérience, j’ai loupé cet article sur ton blog mais je vais aller le lire ! Je n’ai pas la possibilité de pouvoir comparer puisque je n’ai eu qu’un enfant sous péridurale. C’est aussi pour cela que je n’étais pas certaine qu’il soit légitime d’aborder ce sujet. Je ne sais pas quel aurait été mon choix si j’avais eu toutes les infos en main, peut être que la douleur m’aurait fait supplier pour qu’on appelle l’anesthésiste mais au moins j’aurais su, j’aurais connu les pour et les contres alors que la ce n’était pas le cas. Cela dit j’ai un beau souvenir de mon accouchement, je trouve juste que ce n’est pas normal de ne pas informer les femmes, c’est leur corps et il me semble qu’elles ont le droit de savoir ce qui va se passer !

  3. Wah ! Quel article ! Tu as trouvé plein d’infos, c’est super !
    Choisir ou non de prendre la péridurale est un choix très personnel mais ça n’empêche que d’écrire à ce sujet permet aux femmes de pouvoir faire leur choix de manière éclairée.
    Très beau billet !!!!

    1. Merci Charlotte ! En effet, le but est vraiment de fournir les informations qui me semblent ne pas être souvent données aux patientes afin qu’elles choisissent avec toutes les cartes en main. Peut-être que si je devais accoucher de nouveau je prendrais tout de même la péridurale mais au moins je saurais ce que ça change sur mon corps et le déroulement de l’accouchement.

  4. C’est un très joli article, merci beaucoup :). On est vraiment pas très bon en France sur la gestion non médicale de la douleur. Dès que l’équipe sent un accouchement « à risque » comme par exemple une voie basse après une césarienne, la péridurale est obligatoire. Dans mon cas, le travail a mis du temps à se mettre en route, mais on était à un rythme de croisière de 1 cm/heure pour les deux premiers (après 8h de contraction douloureuse et la perte des eaux). Et puis on m’a imposé la péridurale. Le travail s’est stoppé, et direction la césarienne.

    Mais je pense que malheureusement la situation ne risque pas de changer vu la situation de l’hôpital public. On ferme les petites maternités, on envoie tout le monde dans des grands centres qui deviennent des usines à bébé et donc il faut bien gérer tout le monde avec un sous-effectif permanent. Les maisons de naissance se développent mais les conditions pour y accoucher sont quand même drastiques je trouve pour une structure accolée à un hôpital.

    1. Je partage ton avis sur le fait qu’en fermant les petites maternités il y a peu de chance que les conditions d’accouchement s’améliorent…
      Dans ton cas, peut-être que la péri t’a été imposée parce que tu es épileptique ? J’ai lu quelque part (impossible de me rappeler où !) que la péri était conseillée quand la future mère à certains problèmes de santé, dont l’épilepsie.

  5. J’ai eu la chance d’accoucher sans péri dans une petite maternité pas surchargée du tout. Dans tous les cas, ils n’auraient jamais pu me la poser vu que je suis arrivée avec un col à 8! Tout a été très vite, c’était certes violent (surtout pour un premier accouchement ), douloureux (enfin uniquement la dernière heure, le reste se gérait bien) mais très rapide puisque ça n’a duré que 4h de bout en bout et seulement 23 minutes à la maternité, intense et j’ai su me dépasser pour mettre au monde mon miracle. Même pas une heure après j’étais debout et La Bête ne s’est endormie que 4h30 après sa naissance ! Par contre je n’ai pas échappé à l’épisiotomie. Si j’avais le choix pour un second miracle, je signe pour le même accouchement.

    1. Ton accouchement fait rêver et donne de l’espoir à celles qui voudraient se passer de péridurale. Je t’en souhaite d’autres aussi « réussis » 😉

  6. Merci pour cet article très intéressant ! J’ai accouché trois fois : la première avec une péridurale et les deux fois suivantes sans péridurale. Ce n’était pas un choix, c’est la façon dont l’accouchement se passait qui a fait que j’ai pris ou non la péridurale.
    Pour mon premier, les contractions étaient beaucoup plus douloureuses que pour mes deux filles et j’étais épuisée par la douleur. Pour les deux filles, les contractions n’ont été très très douloureuses qu’à la toute fin du travail, quand de toute façon, c’était trop tard pour avoir la péridurale.
    Je crois que le plus important, c’est de se dire qu’on ne peut pas décider à l’avance de comment sera l’accouchement et qu’il est important de garder toutes les options en tête.

    1. Je pense que tu as raison, il faut vraiment se dire qu’on n’a pas la main sur la façon dont les événements se dérouleront et s’adapter ! Cet article n’est vraiment pas un plaidoyer anti-péri, juste une tentative d’informer un peu plus les futures mamans sur l’impact de cet acte qui n’est pas anodin.

  7. En effet c’est très dommage que l’on ne sache pas tout cela avant d’accoucher! Moi j’étais au courrant grâce à des copines , et j’étais déterminée à accoucher sans. Et puis, et puis … J’ai été déclenchée, mon accouchement a été contrôlé par l’ocytocine de synthèse de bout en bout, mon corps n’a pas comprit la douleur, j’ai pas du tout géré (enfin,pas longtemps) et donc j’ai supplié pour la péri (je précise, hôpital public qui était prêt à m’accompagner dans mon choix, avec ballon, conseils et présence). Finalement ça a en effet ralentit le travail, donc augmentation de la perf d’ocyto, bref tout n’était plus que des appuis sur des petits boutons… (tu ressens mon amertume qui persiste ? ^^ ). Finalement j’ai accouché VB dans la douleur (la péri ne faisait plus effet) mais sans instruments ni épisio. Petite victoire 😉 !
    Je me demande si une des pistes ne serait pas, que l’on ne sait pas avoir mal et « gérer  » (psychologiquement) la douleur ? Dans notre société où comme tu le dis, on doit réprimer nos émotions (aux enfants déjà, on leur dit d’arrêter de pleurer et que « mais non tu n’as pas mal »). Par gérer je veux dire, accepter, accompagner, comprendre la douleur, et connaitre des moyens de la traiter de façon non médicamenteuse.

    1. Si,si je ressens bien le petit reste d’amertume… Cela dit, tu as été declanchée avec de l’ocytocine de synthèse et d’après ce que j’ai entendu ça intensifie beaucoup la douleur des contractions. Mais je comprends que tu sois déçue de ne pas avoir pu te tenir a ton projet initial.
      Je pense que tu as raison pour ce qui est de la gestion de la douleur , on est pas ‘formé’ pour la gérer je pense car la préparation a l’accouchement ne se base pas du tout la dessus dans la plupart des cas. Mais je pense que par curiosité je vais aller chercher un peu la façon dont les pays dans lesquels les accouchements sous péri sont minoritaire de quelle façon les femmes sont accompagnées dans la préparation à la naissance et l’accouchement. Je reviendrais donc probablement avec un autre article sur le sujet 😉

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