L’accompagnement des femmes allaitantes en France

croquis allaitement 1L’accompagnement des femmes allaitantes en France, l’accompa.. quoi ? Vous savez, ce truc quasi inexistant qui fait capoter la plupart des allaitements. Comme vous l’avez compris, j’ai été bien préparée et mon allaitement se déroule comme sur des roulettes. Mais il y a quelques mois, l’une de mes meilleures amies n’a pas eu cette chance. C’est en cherchant à l’accompagner et à l’aider au mieux que j’ai mesuré l’ampleur du manque d’accompagnement des femmes allaitantes. Je précise qu’elle a réalisé les croquis qui illustrent cet article, que je trouve très “parlant” tant ils me rappellent son état au moment des faits.

Cette amie avait suivi les mêmes cours que moi, nous avions donc les mêmes bases. Mais au moment de lui mettre son enfant au sein, le personnel médical l’a mal positionné. Elle sortait d’un accouchement très difficile, était primipare de surcroît, et n’a pas réussi à appliquer ce qu’elle avait appris en amont avec notre sage-femme. Au bout de 24h seulement elle avait déjà des crevasses. Certes, toutes les peaux ne réagissent pas de la même façon, certaines sont plus fragiles que d’autres, mais tout de même, la rapidité avec laquelle elles sont apparues m’a sidéré. C’est à ce moment que l’on s’aperçoit de l’importance des premières heures de vie du bébé dans l’allaitement. Si la maman est mal guidée et que les crevasses s’installent, la suite risque d’être terriblement difficile. En lui rendant régulièrement visite à la maternité j’ai pu constater à quel point le personnel était incompétent en matière d’allaitement. Loin de moi l’idée de considérer que je suis une “pro”, mais après 8 mois d’allaitement au moment ou ça s’est produit, et des heures passées à étudier au peigne fin les contenus du site de la leche league, je me rendais bien compte qu’il y avait un soucis. D’une auxiliaire et d’une sage-femme à l’autre les conseils variaient. Tantôt il fallait qu’elle tire son lait le temps que les crevasses guérissent, tantôt il ne fallait pas… Un soir, j’étais avec elle au moment ou l’auxiliaire de service est venue lui dire qu’il était l’heure de tirer son lait. Pour la petite anecdote, son conjoint avait couru dans toutes les pharmacies du coin pour trouver un tire-lait car, comble pour une maternité, il n’en prête pas ! Le papa lui avait donc dégoté une machine de guerre, un kitett énorme et super bruyant avec un seul bouton de réglage. Normalement, il faut commencer par le mettre au minimum et au fur et mesure que le sein s’habitue et que le lait est exprimé, on augmente l’intensité. Mais visiblement, ça non plus, le personnel ne le savait pas. L’auxiliaire lui a installé les téterelles et lui a déclaré “je vous le mets à fond tout de suite, il faut stimuler la poitrine”. Humm… comment dire, stimuler la poitrine d’accord, mais faire bien plus mal que nécessaire à une jeune maman épuisée qui souffre de crevasses, est-ce normal ?  

À sa sortie de maternité, notre sage-femme n’a pu l’aider que brièvement car elle partait en congés. Pendant ce temps, ses crevasses ont très bien guéri en quelques jours, “comme quoi, ça n’est pas insurmontable” ( je la cite, je ne me serais pas permis de le dire alors que je n’ai jamais eu de crevasse !). Elle a même pu mettre son bébé au sein sans aide. Nous avons cru que c’était la fin de ses soucis, mais, malheureusement son bébé n’a plus voulu téter, sans que l’on sache pourquoi. Afin de tout de même lui donner son lait elle s’est donc remise à tirer mais elle n’arrivait plus à exprimer son lait, encore une fois sans que nous ne sachions l’expliquer. Sa poitrine était gorgée de lait mais presque rien ne sortait. Elle souffrait le martyr et l’état de ses seins extrêmement gonflés et plein de “boules” était assez effrayant. J’ai tenté de l’aider comme je pouvais, moi qui lui avait vendu que l’allaitement c’était trop bien et ça marchait tout seul ! Nous avons même échangé nos tire-laits mais ça n’a pas changé grand chose. Nous avons bien tenté de contacter la leche league mais les bénévoles n’ont pas forcément la possibilité de répondre tout de suite et mon amie s’est dirigée vers les urgences car une poussée de fièvre s’ajoutait au reste.

Ah les urgences, la bonne blague ! elle en est sortie 3 ou 4h après. Un bourrin lui avait appuyé tellement fort sur la poitrine pour faire sortir le lait qu’elle en avait fait un malaise ! Et puis, finalement, l’interne lui a dit que ce n’était pas grave, qu’il n’y avait pas d’infection et pas d’abcès, qu’il fallait juste appuyer comme un sauvage sur les seins pour les vider. Je vous passe les détails de l’état de la pauvre jeune maman, qui souffre tellement le martyr qu’elle s’occupe de son bébé comme une zombie sans en profiter. En fin de compte, les urgences l’ont rappelés pour la mettre sous antibiotique car ils avaient tout de même peur d’une infection. Quelle perspicacité, la fièvre serait donc signe d’infection ?

Pendant ce temps, notre sage-femme était rentrée de vacances et rien qu’en voyant sa poitrine elle a compris qu’elle souffrait d’abcès a chaque sein. Elle l’a dirigé vers le seul cabinet d’Ile de France capable de traiter cela sans opérer. Et a fallu trois ponctions très douloureuses ( et non remboursées par la sécurité sociale ) malgré les anesthésies locales pour venir à bout des abcès.

croquis allaitement 2

Cette histoire d’un allaitement raté doublé de souffrances terribles m’a beaucoup touché. Bien entendu parce qu’il s’agit de l’une de mes amies les plus proches mais aussi parce que j’ai compris combien une femme dont l’allaitement se déroule mal peut se sentir isoler. Entre les conseils du personnel soignant, tous divergents et souvent mauvais de surcroît, et la souffrance, la jeune maman ne sait plus vers qui se tourner. Quand on s’aperçoit que le personnel médical ne sait pas ce dont il parle alors qu’il est le dernier recours de la personne en souffrance, il y a des quoi se sentir en plein Kafka.

Après le diagnostic des abcès elle a décidé d’arrêter d’allaiter. Elle s’est rendue compte qu’elle n’avait pas pu profiter du premier mois de vie son bébé et elle avait besoin de tourner la page sur tant de souffrances. Je ne sais d’ailleurs pas comment elle a réussi à tenir si longtemps et je suis en admiration face à cette jeune maman qui a bravé la douleur pour tenter de réaliser son désir profond d’allaiter.

Je sais que cet article risque d’effrayer certaines futures mamans et j’en suis désolée. Mais il me semble important de dénoncer, par ce genre de témoignages, la totale incompétence d’une grande majorité du corps médical dans l’accompagnement des mères allaitantes en France.

Je n’ai pas la prétention de pouvoir faire changer les choses seules mais j’espère de tout coeur qu’un jour l’ensemble du personnel médical au contact des futures mamans et des mères allaitantes sera réellement formé. En attendant que ce soit le cas, j’encourage toutes les futures mamans à se préparer le plus possible en amont, même si cela ne remplacera jamais un accompagnement de qualité.

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11 Comments

  1. Je n’en reviens pas… Ca a du être tellement dur. Pas d’écoute, pas de soutien. Elle a eu beaucoup de courage de persévérer malgré la douleur… Je me rends compte souvent que les mamans que je rencontre n’ont pas toujours continué d’allaiter faute de conseils avisés… C’est un réel fait et c’est terriblement dommage pour toutes celles qui souhaitaient le faire ! Merci pour ton article, j’espère qu’il fera les bouger les choses. Même un peu. Ne serait ce que faire prendre conscience des choses…. Merci à toi et à ton amie pour ce témoignage très touchant…

    • Maman chamboule tout

      2 juin 2018 at 16 h 46 min

      Merci beaucoup pour ce commentaire Charlotte ! J’espère aussi qu’un jour il y aura une réelle prise de conscience face à ce manque de formation du personnel soignant en matière d’allaitement !

  2. Je n’ai pas été une maman allaitante mais je suis révoltée quand je lis ce genre d’articles !! C’est très représentatif de l’accompagnement des jeunes mamans en général après une naissance .. Ou même de la prise en charge de la santé des femmes en général.

    Je sais que les hôpitaux manquent de moyens. Mais se former pour ne pas donner des conseils qui nuisent à la maman me parait être le minimum. Et aussi savoir renvoyer vers des SF libérales bien formées et/ou des conseillères en lactation (le soucis étant je crois que les consultations de ces dernières sont non remboursées).

    Mais ça serait arrêter de croire qu’en tant que soignants ils ont toujours raison face à des patientes ignorantes et qui passent leur temps à se plaindre pour rien de toute façon.

    • Maman chamboule tout

      4 juin 2018 at 10 h 39 min

      Tu as raison, de manière générale les femmes sont mal prises en charge après leurs accouchement… Dans le cas de cette amie elle était accompagnée par une sage femme spécialisée d’ans l’allaitement (la même que moi) mais malheureusement elle était en congés à ce moment là et personne n’a été capable de la remplacer !

  3. Ce récit est terrible. La douleur que ça a du lui faire physiquement et psychologique de ne pas pouvoir nourrir son enfant en y prenant du plaisir.

    J’espère qu’elle a pu se retrouver tout de même dans l’allaitement au biberon.

    • Maman chamboule tout

      4 juin 2018 at 14 h 15 min

      C’est vrai qu’elle a beaucoup souffert et que c’était une période très difficile pour elle. Mais maintenant elle a fait le deuil de cet allaitement et c’est une maman heureuse et épanouie !

  4. Bonjour,
    Merci pour cet article
    Pourrais tu me dire de quel cabinet en IDF tu parles (qui fait des ponctions pour vider les abcès) ? Beaucoup de mamans sont opérées en cas d’abcès et je connaissais la technique de ponction pour avoir lu sur le sujet mais j’ignorais que des cabinets pratiquait déjà cette technique.
    Autre chose : parmi les associations de soutien à l’allaitement, il y a aussi l’association « solidarilait » qui personnellement m’a beaucoup aidée.

    • Maman chamboule tout

      19 juin 2018 at 16 h 18 min

      Merci pour ton commentaire ! Je vais me renseigner car je ne connais pas le nom du cabinet, je sais juste qu’il est situé à Montparnasse, mais dès que j’en sais plus je te le dis. Je ne connaissais pas cette association mais je vais aller faire un tour sur leur site, merci pour l’info !

      • Maman chamboule tout

        20 juin 2018 at 9 h 47 min

        Bonjour Biboumam,
        Voici les infos promises à propos du centre qui a réalisé les ponctions. Il s’agit du centre d’imagerie médicale Duroc situé 5 & 9 ter bd du Montparnasse 75006 PARIS, http://www.imagerieduroc.com. Mon amie s’est sentie très bien prise en charge là-bas et le personnel médical a fait preuve de beaucoup d’humanité et connaissait réellement son problème. Par contre ça lui a coûté très cher… mais elle ne regrette pas car elle craignait par dessus tout une opération qui risquait de la séparer de sa fille plusieurs jours.

  5. Je n’ai eu que des allaitements très galère… Pour le premier, mal conseillée, j’ai lâché en 2 semaines. Pour le deuxième et le troisième, j’ai eu des bébés à toute petite bouche, avec un réflexe nauséeux très important. Ils me faisaient très mal au sein et s’arrêtaient très vite de téter. Grâce à ma super sage-femme, je me suis lancée dans le tire-allaitement complet, pendant 4 mois environ à chaque fois. Si j’avais un autre enfant, je crois franchement que je ne tenterais même plus tellement ce sont des mauvais souvenirs pour moi; Parfois, c’est le bébé qui ne sait pas téter, et dans mon cas, ni les changements de position, ni la consultation d’ostéopathie n’y ont rien changé. Cela reste un regret pour moi, mais au moins j’ai pu leur donner mon lait !

    • Maman chamboule tout

      28 juin 2018 at 9 h 23 min

      Très mal conseillé c’est un cas tellement classique malheureusement…
      Et c’est vrai que la nature n’est pas toujours si bien faite que ça et toutes les femmes (et les bébés aussi d’ailleurs) ne sont pas égales face à l’allaitement. Je suis consciente que certaines rencontrent plus de difficultés que d’autres. Malgré tout j’ai envie de croire qu’avec un meilleur accompagnement il y aurait bien plus d’allaitement réussis !
      En tout cas, félicitation pour ton tire allaitement, je trouve qu’il faut beaucoup de courage et de patiente pour tirer son lait quand on a un petit bébé dont on doit s’occuper en même temps.

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