allaitement
Je ne savais pas trop comment illustrer cet article alors je vous ai mis une petite photo d’allaitement…

Au début de mon allaitement, alors que je commençais de plus en plus à m’intéresser au sujet (forcément, j’étais en plein dedans !), je me suis posée une question toute bête : mais pourquoi est-ce qu’il y a autant de bébés au biberon, qu’est ce qui s’est passé pour que les 2 tiers des enfants en France soient nourris au lait artificiel, pour qu’on considère que c’est un choix d’allaiter au sein ou au biberon alors que, logiquement, le biberon devrait plutôt être un dernier recours lorsque l’on a, justement, plus le choix ?

Avouons-le, qu’on soit allaitante ou pas, le biberon fait parti de nos vies, on en voit partout, il est le symbole associé au bébé. Pourquoi ? Tout simplement parce que l’industrie du lait infantile rapporte environ 600 millions d’euros par an. Ben oui, la production de nos poitrines n’étant pas monnayable il fallait bien évincer nos boubs pour créer un marché.

 

Alors, si on revenait un peu sur l’histoire de ce fameux lait infantile et la façon dont les industries ont évincé l’allaitement ?

C’est en 1860 qu’un certain Henri Neslé invente la farine lactée. La nécessité de créer un autre aliment que le lait maternelle pour nourrir les bébés ne vient pas de problèmes liés à l’allaitement. En effet, si la mortalité infantile est particulièrement élevée à l’époque c’est principalement parce que la plupart des bébés sont confiés à des nourrices qui leur donnent, non pas le sein, mais du lait de vache qui n’est pas pasteurisé et, en plus, dans des biberons très difficiles à nettoyer. Elles utilisaient des système de biberons à pistons permettant aux enfants de se nourrir seuls, gros hic, on ne peut pas les laver.

En 1906 c’est Maurice Guigoz qui invente le premier lait en poudre. Face à la réussite commerciale de ce produit de plus en plus de nouvelles marques voient le jour et elles rivalisent d’ingéniosité pour créer de nouvelles gammes de lait censées répondre à tous types de soucis de transit, digestion et autre. Les médecins créent également leur marque de lait et ne se privent pas d’en vanter les mérites. Par exemple, en 1898, le  » séro-lait du docteur Pierre Laurent, le seul lait stérilisé identique à celui de la femme « , ou en 1912, le  » lait scientifique pasteurisé du docteur Percheron « . Deux trois mots du genre “scientifique”, “stérilisé” pour évoquer l’hygiène combinés au crédit qui découle du fait que ces nouveaux laits soient l’oeuvre de médecin et hop, le tour est joué ! Ajoutons à cela de bien jolies publicités présentant des bébés roses et joufflus, et ce, bien entendu, grâce au lait en poudre magique et l’allaitement devient dépassé.

Le commerce du lait en poudre se développe de plus en plus et après la seconde guerre mondiale on voit apparaître dans les maternités les premières “nourettes”, biberons déjà tout prêt que l’on distribue aux jeunes mamans. Et si elles sont satisfaites par le lait qu’on leur a proposé à l’hôpital, pourquoi changer ? De plus, ces laits leur sont fortement recommandés, bien plus que l’allaitement et c’est en obéissant au personnel hospitalier que les mères délaissent l’allaitement au profit du biberon. En discutant un peu autour de moi avec des femmes ayant eu leurs enfants entre le début des années 70 et la fin des années 80 j’ai appris que, pour la plupart d’entres elles, on leur avait d’office mis un biberon entre la mains sans même leur parler d’allaitement ou leur demander de quelle façon elles souhaitaient nourrir leur enfant.

Les nourettes existent toujours aujourd’hui mais depuis 1998 les hôpitaux doivent acheter le lait et sélectionnent leurs fournisseurs par un système d’appel d’offre. Si les maternités se voient maintenant dans l’obligation d’acheter le lait ce n’est bien sur pas pour creuser le trou de la sécu mais pour tenter d’enrayer la pratique des tours de lait.

Mais qu’est ce que c’est que ça, les tours de lait ?  

Et bien c’est un peu ce dont je vous parlais au dessus mais sans que les maternités ne déboursent un centimes, même qu’elles y gagnaient de l’argent ! Les marques les plus connues de lait en poudre fournissaient donc à tour de rôle le lait que les maternités distribuaient aux jeunes mamans et bien entendues elles versaient également de très belles sommes d’argents afin d’être en tête de distribution. Alors forcément, les maternités avaient légèrement tendance à préconiser très facilement l’utilisation du lait en poudre !

À la fin des années 90’ les autorités se sont quand même dit que ça nuisait carrément à l’allaitement et que ce n’était pas très claire cette histoire. Des lois et décrets visant à interdire la distribution gratuite de biberons des fabricants vers les maternités, et à réglementer la communication autour du lait infantile ont donc vu le jour peu à peu. Toute forme de publicité pour le lait premier âge est maintenant interdite, l’emballage doit mentionner que l’allaitement reste le meilleur pour l’enfant et les termes visant à “humaniser” le lait en poudre sont proscrits. Les marques n’ont plus le droit de parler de lait maternisé et doivent utiliser le terme préparation pour désigner le produit.

Et alors, ça existe toujours ?

Et bien normalement non mais dans les faits c’est un peu différent… Même si maintenant les maternités achètent leur lait et sélectionnent leurs fournisseurs par appels d’offres on remarque qu’il s’agit tout de même toujours des 4 mêmes dans 95% des cas. Pour ne pas les citer : Nestlé-Guigoz, Blédina, Milupa-Nutricia, Sodilac. Pourquoi ? Peut-être pour la qualité remarquable de leur lait ? Mais non, naïve va… en réalité la plupart des laits en compétition pour les appels d’offre ont à peu près la même composition et sont tous à peu près même prix. Il faut donc chercher ailleurs… Peut-être donc pour le budget que ces marques ont à allouer à des associations dédiées à la recherche par exemple ? Parce que certe, les maternités ne touchent plus directement d’argent au prorata des naissances comme c’était le cas à l’époque ou les tours de lait n’étaient pas encore interdits, mais les industries des préparations infantiles (puisque c’est comme cela que l’on doit maintenant les appeler… ) continuent de financer la recherche en subventionnant bons nombres d’associations, et derrière ses associations il y a les hôpitaux… CQFD.

Voilà pour ce petit tour d’horizon très succinct de l’influence de l’économie sur l’allaitement. J’avais tout de même envie de rappeler qu’aujourd’hui encore on distribue gratuitement le lait aux mamans ne souhaitant pas allaiter dans les maternités mais que pour celles qui auraient besoin qu’on leur dépanne un coussinet d’allaitement pour cause de raz de marée fuite de lait et bien on leur propose plutôt de se débrouiller avec le papier toilette ! Je sais je vous en avais déjà parlé ici mais cette histoire m’est un tout petit peu restée en travers de la gorge…

Et vous, connaissiez-vous les tours de lait ?

Suivez maman chamboule tout !

15 thoughts on “Industrie du lait infantile et allaitement”

  1. Merci pour toutes ces informations, j’ai toujours pensé que c’etait pour une histoire de gros sous!
    Ici point de lait en poudre ni de biberon, de la tétée et c’est tout! C’est plus simple (je trouve) pas de préparation, pas de bib à nettoyer, chauffer… L’idéal selon moi à tout points de vue!

  2. Je ne connaissais pas l’historique et je te remercie d’en avoir parlé ici. Je n’en reviens toujours pas pour tes coussinets mais je trouve cependant normal que les maternités accompagnent les mères qui ne souhaitent pas allaiter en leur fournissant du lait infantile. 🙂 Bien évidemment, la question de l’économie derrière c’est un autre débat…………

    1. Ne t’inquiète pas Charlotte, je ne suis pas pro allaitement au point de dire que les maternités ne doivent pas accompagner les femmes qui ne veulent pas allaiter 😉 c’est juste que cette histoire m’a marqué ! Je suis contente d’avoir pu apporter quelques éléments afin d’aider à mieux comprendre l’ascension du lait en poudre.

  3. Waw ton article est juste passionnant ! Merci beaucoup pour tout ces éclaircissements. J’ai aussi reçu du lait gratuitement à la maternité. Je m’en suis assez peu servi et j’ai tenu bon. Je savais que je veux souhaitait allaiter en priorité. Je n’ai pas eu de problème de passage de l’un à l’autre.
    Au plaisir de te lire de nouveau :*
    EM.

    1. Merci beaucoup EM pour ce compliment ! Je trouve que c’est un sujet dont on parle assez peu alors j’ai voulu me lancer…
      Moi je n’ai pas eu besoin de lait à la maternité par chance tout se passait bien !

  4. J’aime beaucoup ce petit historique. Même en tant que maman biberonante parfois les dessous de l’industrie du lait infantile font froid dans le dos. Pour toutes celles qui ne peuvent ou ne veulent pas allaiter, il serait bon qu’elles soient réellement guidées par les professionnels de la maternité vers le lait le plus adapté à leur bébé quelque soit sa marque. Service public, indépendance tout ça tout ça ..

    Tous mes enfants avaient déjà des signes de RGO quelques jours après leur naissance. Ils avaient besoin d’un lait AR c’était évident. Mais vu qu’ils n’en avaient pas en stock, les maternités ont trouvé des excuses plus vaseuses les unes que les autres pour nous dire que le lait de la maternité était le meilleur. Ben oui, ils n’avaient pas la version AR ! Finalement, on est resté sur la même marque, mais uniquement car c’était le lait le plus épaissi qu’on a pu trouver.

    1. Prfffff c’est quand même incroyable cette attitude ! Essayer de te faire croire que c’est pareil alors qu’il n’en est rien, je serais tentée d’appeler cela de la négligence médicale… mais comme tu le soulignes, finalement les mamans « biberonneuses » ne sont pas mieux accompagnées que les mamans allaitantes !

  5. Je ne connaissais pas mais ça ne m’etonne pas. Dans ma mater ma décision d’allaiter a été prise très au sérieux et je n’ai pas vu l’ombre d’un biberon malgré les difficultés et une interdiction d’allaiter les premières 24h, on ne m’a même jamais proposé de tenter un biberon mais je le vois dans mon entourage, toutes les mater ne sont pas aussi respectueuses et je ne compte pas le nombre de mamans copines qui n’ont pas réussi à allaiter car pas bien conseillé à la mater 😪

    1. Comme tu le fais remarquer certaines mater ont encore tendance à ne pas s’embêter avec un allaitement un peu compliqué malheureusement ! Si en plus tu considère le fait que seule une petite partie du personnel médical est vraiment formée en allaitement on se retrouve avec un nombre d’allaitement désastreux comparé à certains autres pays.

  6. Article super intéressant !
    Je dirai que les lobbyings du LA persistent après la sortie en maternité , exemple à la PMI où la pub pour tel ou tel lait est omniprésente : affiche, dépliants, objets médicaux, même le carnet de post-it est estampillé Galia ou Modillac !
    En effet l’allaitement n’est plus une norme depuis bien longtemps.

    1. Merci ! Je n’ai jamais mis les pieds à la PMI, les copines qui en avaient fait l’expérience me l’ont trop déconseillé. Du coup je trouve ton commentaire particulièrement intéressant car il me fait découvrir une facette supplémentaire des lobbyings,merci beaucoup !

      1. La PMI de mon quartier est gérée par une puéricultrice au top, et une pédiatre très mauvaise niveau empathie et communication. La puer a elle-même allaité 3 ans son ptit dernier ! Mais ce n’est pas elle qui gère les affiches et on (on = la mairie ?) ne lui fournit que des post-it sponsorisés alors … elle fait avec !

  7. Ou comment l’industrie du lait artificiel à voler l’allaitement à des milliers de mères et comment des milliers de bébés ont été privés de lait maternel. C’est scandaleux. Quand on voit les procédés commerciaux des grands groupes en Asie c’est juste inhumain. Si le lait en lui même constitue une alimentation viable pour le bébé les multinationales derrières ne sont que des machines à fric prêtes à tout pour vendre toujours plus.

    1. C’est tout à fait ça : un vole ! Je ne connais pas les procédés commerciaux des grands groupes en Asie mais tu as éveillé ma curiosité, je vais de ce pas me renseigner !

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