P'tits bouts de vie

Il ya deux ans… entre congé maternité miteux et rupture du continuum

Ce matin, l’intelligence artificielle de mon téléphone m’a proposé de revoir une photo d’il y a deux ans, un cliché de mon tout petit Lu, âgé donc de 8 mois. Des jolis joues rondes, un pull des plus adorables orné d’un cerf et ce grand sourire du tout petit qui enregistre avec passion ce qui se passe autour de lui. La photo est jolie, mais en la regardant des souvenirs et surtout des sensations remontent.

Et je me rappelle de ce premier automne de mon fils, loin de moi la journée. 

J’ai repris le travail quelques jours avant ses 5 mois, j’ai conscience que c’est déjà une chance, dans notre pays, de rester 5 mois avec son enfant, en réalité c’est terriblement court. Un mois avant de reprendre je pleurais déjà sur l’épaule de papa d’amour, certains soirs, à l’idée de laisser notre fils à la crèche et qu’il soit séparé de moi 5 longs jours par semaines. 

Ma reprise a été difficile, mais le plus dur est venu après. L’adaptation à la crèche s’était pourtant bien passée, mais presque chaque soir je le retrouvais en pleurs parce qu’il était fatigué, que je lui avais trop manqué. Un soir une auxiliaire m’a dit qu’elle le laissait un peu pleuré parce que, quand même, il fallait bien qu’il s’éveille seul sur le tapis. Ça m’a brisé le cœur. Mon bébé de 6 mois, épuisé par sa journée demandait de l’amour, des bras, du réconfort, c’est tout. 

Les journées à la crèche étaient difficiles, mais au fond de moi je savais que ce n’était pas qu’un problème avec la structure d’accueil. Je sentais que mon bébé avait encore besoin de passer ses journées avec moi, de pouvoir dormir contre moi si il en ressentait le besoin, de pouvoir être nourrit à mon sein. Il avait besoin d’être en écharpe contre mon cœur quand il avait mal aux dents, ou juste pour le plaisir.

Je n’ai pas pu le materner comme je le voulais, le temps que je souhaitais, et je sais que ça nous a fait défaut à tous les deux. Je suis intimement persuadée qu’un enfant qui n’est pas autonome de ses mouvements, avant de savoir se déplacer seul, a besoin de sa maman à presque chaque instant de sa vie. Mon plus grand regret est de ne pas avoir pu lui offrir ça. Bien sûr, il est en bonne santé. Aujourd’hui, il joue et rit, je pense qu’il est heureux, mais je sais qu’il y a quelque part une petite fragilité qui découle de ce continuum brisé. 

Jamais je n’oublierais ces journées d’angoisse, à travailler comme un robot, pensant sans cesse à lui. Mes courses folles, à 17h pile, pour aller le récupérer le plus vite possible. Mon estomac noué sans cesse à l’idée que je ne le voyais que deux ou trois heures par jour. La certitude, intime et lancinante, que j’étais incapable de lui offrir ce dont il avait réellement besoin. Ceux sont les souvenirs et les sensations qui remontent quand je repense à cette période. 

Et puis la colère… Cette colère noire contre notre pays et notre façon de vivre et de consommer, qui m’obligeait à passer mes journées à faire un travail qui me permettrait, entre autre, de payer la crèche de mon fils. 

mains bébé papa

Avec un seul enfant impossible d’envisager d’arrêter un an ou deux, aucune aide pour compenser une perte de salaire. Alors oui, on m’a dit que quand on veut on peut, mais à quel prix. Nous avons un crédit immobilier de maison en région parisienne sur le dos, deux voitures car en grande couronne c’est impossible d’aller travailler à 5 km de la maison en transport… Cette vie nous l’avons choisi (un peu), j’en suis consciente, je ne serais d’ailleurs sûrement pas prête à abandonner le confort de ma grande maison… Malgré tout, notre triste congé maternité, et ne parlons même pas du congé paternité, me semble être un énorme crève cœur pour beaucoup de parents et d’enfants. 

Je n’ai pas de solution à apporter à mon échelle, il faudrait changer tout un système et remettre, vraiment, l’enfant, qui est tout de même l’avenir du pays, au centre des préoccupations. Mais chercher à combler les besoins primaires des enfants et de leurs parents, leurs vrais besoins, pas seulement ceux que le marketing met en avant, demanderait déjà une connaissance et une considération qui ne leur est pas encore acquise. 

C’est un billet un peu gris que je vous propose ce soir et je m’en excuse… il me fallait mettre de mots sur mes maux.

***

 

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15 commentaires

  • Marine

    Je suis vraiment en accord avec toi. Pour mon premier, j’ai pris un congé parental, quand j’ai repris il avait un an. Par contre, après le deuxième j’ai repris à ses 3 mois, et là je te rejoins. J’étais mal et cette sensation que mon fils et moi aurions eu besoin de plus de temps ne me quittait pas. Je culpabilisais et je compensais en essayant de passer plus de temps le soir à jouer, à le câliner… Mais en pensant à cette période je sens encore un malaise. Pour le troisième, j’ai pris un congé parental et quand j’ai repris, à ses 18 mois, je n’ai pas ressenti de culpabilité. Je ne regrette pas du tout ces coupures !

    • Nanakie

      Je partage tes mots et ta peine. Ta douleur et ton manque. Ta colère face à cette injustice et la société. J’ai vraiment le sentiment qu’on va droit dans le mur…. tant qu’on ne portera pas plus d’attention à nos enfants, hélas.

      • Maman chamboule tout

        Je sais comme tu souffres aussi de cette situation… on est tellement ! Il m’est déjà arrivée de me demander si il n’y aurait pas moins de problèmes psychologiques dans un pays où enfants et parents ne seraient pas séparés si tôt… je n’ai pas fait de recherches encore…

    • Maman chamboule tout

      En lisant les commentaires et les articles autour de moi j’ai l’impression que cette sensation de malaise est très souvent partagée. Je rêve que l’accès au congé parental soit une vraie possibilité pour tous !

  • Docteur Mamangue

    Mon coeur se serre en te lisant ! Je ressens tes regrets avec une vraie tristesse. Je suis tellement d’accord sur l’aberration de ce congé maternité si court.
    Je reprends officiellement début février mais ayant beaucoup de rdv pro dès janvier, l’adaptation à la MAM commence dès début janvier, soit un peu plus de 3 mois pour Litchi. Je suis tiraillée entre le plaisir de retrouver un travail que j’aime et la hantise de laisser mon bébé si petit si longtemps (10h de MAM et 12h sans moi). En fait, j’aimerai l’emmener avec moi!
    J’ai quand même la chance de pouvoir choisir mon temps de travail et ne reprends donc que 3 jours par semaine. J’aurai donc plus de journées avec que sans lui. Mais je crois que si j’avais le choix je préfèrerai travailler 5 toutes petites journées.

    • Maman chamboule tout

      Je te comprends, 3 mois c’est tellement petit… je comprends aussi l’envie de reprendre que peuvent avoir certaines femmes, dont tu fais partie. Je présume qu’avoir un métier comme pédiatre motive tout de même beaucoup. Je n’ai pas eu cette chance, sans détester mon emploi il ne me fait pas spécialement vibrer non plus, avec des moyens financiers plus important j’arrêterais carrément de travailler et ça ne me manquerait pas. L’idée des toutes petites journées me paraît très bonne et permettrait en plus de ne pas être trop « déconnecté » du travail, de pouvoir suivre ses dossiers…

  • Charlotte - Enfance Joyeuse

    Si seulement on pouvait faire évoluer tout cela… Si seulement on pouvait être entendus ! Que ton article soit lu, relu, partagé ! Que les chefs de notre pays le lisent et s’engagent à faire évoluer tout cela… Car c’est possible ! (Si on regarde certains pays voisins…). C’est pour le bien des enfants (adultes de demain), des adultes d’aujourd’hui et de la société toute entière qui est en jeu !

  • Nanakie

    Je partage tes mots et ta peine. Ta douleur et ton manque. Ta colère face à cette injustice et la société. J’ai vraiment le sentiment qu’on va droit dans le mur…. tant qu’on ne portera pas plus d’attention à nos enfants, hélas.

  • Jessica

    Maman de grands enfants, pour mon premier, je n’avais pris que 3 mois et tous les jours, c’était la course afin de récupérer notre petit bout de choux aux heures prévues afin d’éviter toute remontrance. Malgré toute la bonne volonté, étant dans le commerce et mon époux tributaire des horaires des transports en commun, ils nous arrivaient forcément d’avoir quelques minutes de retard dans ce véritable marathon de jeunes parents. Pour le second et le troisième, j’ai pris 2 fois 3 années de congé parental. C’était génial de gérer toute la famille sans stress, mais à mon retour de congés maternité mon employeur avait vendu son activité et j’avais des craintes à propos de mon savoir-faire. Après 6 années sans pratique, le nouveau propriétaire a fait en sorte que je démissionne. Par chance, j’ai eu l’opportunité d’être embauchée juste devant l’école primaire de mes enfants. Avec du recul et la lecture de cet article, je m’interroge sur quelle est la meilleure manière de concilier vie de famille et professionnelle ?

    • Maman chamboule tout

      Merci pour ton commentaire ! Je ne sais pas si il y a une bonne façon de concilier, je pense que la meilleure façon n’est pas forcément la même selon les foyers. Je pense qu’il faudrait avoir diverse possibilités offertes, des journées plus courtes, moins de jours travaillés, un congé maternité plus long…

    • Maman chamboule tout

      Ce n’est pas facile dans notre société de réaliser ce qui est vraiment important pour nous… et une fois que c’est fait on a pas toujours la possibilité de faire ce que l’on souhaiterait…

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