P'tits bouts de vie

Cette maman que j’ai détesté être

Le docteur ayant émis le souhait de revoir petit Lu avant ses 3 ans pour une sombre histoire de décallotage, Papa d’amour, plus sérieux que moi en ce qui concerne les sujets médicaux, a pris rendez-vous pour jeudi dernier. 

Lecture de Timothée chez le docteur, description de l’examen à subir, tout ça tout ça… sauf que, dans nos belles explications, nous avions omis de stipuler que les docteurs étaient parfois des bourins. En effet, nous avions promis à notre fils que le médecin allait juste regarder et nous dire si il fallait faire quelque chose par la suite. Je n’étais pas présente au rendez-vous, je n’ai pas vu, mais le compte rendu de petit Lu était sans appel : « le docteur a tiré fort sur la peau du zizi et j’ai beaucoup pleuré parce que ça faisait beaucoup mal, maman ». Je n’ai eu qu’à lever les yeux sur le visage blafard de papa d’amour pour comprendre que ça n’avait pas été une partie de rigolade. 

Sur les conseils du fameux docteur j’ai fait coulé un bain, petit Lu m’a montré son pauvre zizi tout rouge mais, contrairement à mes craintes, l’eau ne l’a pas piqué. En revanche, lorsqu’il a fallu aller faire pipi avant de se coucher c’était une autre paire de manches. Douleur, pleures, refus sans appel. On a fini par coucher petit Lu en se disant que tant pis, si accident il y avait nous changerions les draps, le matelas a une bonne à l’aise. Sauf qu’il n’y a pas eu d’accident (pourtant on aurait préféré). Le lendemain matin il refusait toujours de faire pipi. Un peu inquiet, papa d’amour à rappeler le docteur qui nous a conseillé de l’emmener aux urgences à 14h si la situation n’évoluait pas.

Nous avons supplié, eu recours au chantage, rien n’y faisait. L’heure fatidique est arrivée, nous sommes parties aux urgences pédiatriques de l’hôpital du coin. 

Après 4h d’attente, une énorme dose de culpabilité pour le pauvre homme qui avait pris l’initiative d’emmener son fils chez le docteur, puisqu’il paraît que celui-ci a des méthodes ancestrales et qu’on ne décalotte plus les petits garçons, encore moins si jeune, notre tour est enfin arrivé.

Deux adorables infirmières ont mis petit Lu sous gaz hilarant afin de l’aider à détendre ses sphincters. Le gaz porte bien son petit nom, en quelques instants mon fils riait, disait n’importe quoi et jouait à cache cache avec les infirmières. Mais après 10 minutes dans cet état (qui me rappelait fort celui dans lequel nous finissions nos soirées étudiantes, mais passons) rien ne venait. Petit gros stress pour papa d’amour et moi qui sentions que la sonde nous pendait au nez. Nouvelles tentatives de persuasion, minute chantage à coup de « si tu fais pipi on regardera Petit Ours Brun en mangeant des chamallows en rentrant ». Instant de réflexion de petit Lu suivi de la question « tous ceux du paquet maman ? », mais rien.

Après une crise de larme, il a (enfin) fini par se laisser aller et nous avons (enfin) souffler en réalisant qu’il ne passerait pas par la case sonde urinaire. 

Une fois rentrés à la maison il a bien entendu eu droit à son Petit Ours Brun tout en mangeant des frites sur la table basse (pour un enfant qui n’a droit à la télé que lorsqu’il est malade, c’est la grosse fête).

Il n’a pas voulu retourner aux toilettes avant de dormir mais nous étions trop épuisés pour insister.

Le lendemain matin il ne voulait toujours pas, bien entendu. C’est là que j’ai commencé à vraiment, vraiment, détester la maman que je me voyais être. Nouveau recours au chantage des chamallows, mais lorsque sa santé est en jeu ça ne me traumatise pas non plus, hélas j’ai lamentablement échoué… c’est alors que la situation s’est nettement compliquée. Mon fils ne voulant toujours pas faire, j’ai rempli un Tupperware d’eau glacée et je lui ai collé le pied dedans, de force, tout en lui massant fermement le ventre. Ma méthode a fonctionné mais j’ai vraiment eu du mal à accepter d’en arriver là… et pourtant, à chaque fois qu’il a fallu aller aux toilettes j’ai dû recourir à ces méthodes. J’ai même fini par le mettre sous la douche froide jusqu’à mi cuisse, tout en le tenant fermement pour qu’il ne bouge plus. J’ai crié, j’ai tapé dans le mur quand, au bout de 30 minutes rien ne venait et que je voyais les urgences se rapprocher. J’ai supplié, j’ai pleuré un peu… 

j’ai détesté donner ce spectacle de mère dépassée et presque hystérique à mon fils. Ça n’est pas dans mon caractère de m’emporter et pourtant ça m’est arrivée un (bien) trop grands nombres de fois le week-end dernier. Cette impuissance terriblement difficile à gérer devant son enfant en souffrance m’était jusqu’alors inconnue. Bien entendu, mon fils a déjà était malade. Il a même passé 48h à l’hôpital alors qu’il n’avait que 9 mois, mais la situation n’était pas la même, il n’y avait rien à faire, juste à attendre que les médicaments fassent effet en le maternant le plus possible. Alors que ce week-end je savais très bien ce qu’il fallait pour le soulager, et surtout pour ne pas risquer de problème ou de traumas plus importants (car au final se retenir, même 24h, ne semblait pas lui être pénible). Je savais, mais pourtant je n’arrivais pas à le persuader de l’intérêt de souffrir quelques secondes pour éviter une situation bien plus critique. J’avais l’impression que rien n’y faisait, qu’on n’y arriverait jamais et qu’il faudrait retourner à l’hôpital. Je me sentais terriblement mal. Je n’avais jamais été si dur avec lui, l’immobiliser ainsi en le passant sous la douche glacée me faisait tellement mal… 

Je pense avoir agit comme il fallait pour lui éviter des soucis médicaux, mais cette situation où je me sentais bourreau m’a vraiment peiné et mise mal à l’aise

 

***

Et vous, avez-vous connu des situations similaires ? Comment les avez-vous géré ? Racontez-nous tout en commentaire !

 

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21 commentaires

  • 3 kleine grenouilles

    Tu as fait ce qu’il fallait, même si c’était dur. Ne pas l’obliger à faire pipi aurait été pire pour sa santé.
    C’est une situation que j’ai régulièrement connue avec la petite quand je devais l’immobiliser, la bloquer pour qu’un des nombreux spécialistes qu’elle a vus puisse l’ausculter ou lui faire passer l’examen prévu. Nous devions parfois être à deux adultes à la maintenir avec cette sensation pour moi d’être la complice de celui ou celle qui faisait souffrir ou stressait ma fille. J’ai connu cette situation aussi quasiment à chaque rendez-vous de kiné quand la kiné (douce et professionnelle) mettait ma fille en situation d’inconfort pour la faire progresser d’un point de vue motricité. Deux fois une demi-heure chaque semaine à la voir pleurer…
    Mais aujourd’hui, nous savons ce qu’elle a et elle marche.

    • Maman chamboule tout

      En te lisant je remarque encore plus à quel point le quotidien des parents d’enfants malades doit être difficile. J’imagine la difficulté à faire cela deux fois par semaine… mais en te lisant je me dis aussi que tu as agit comme tu le devais et ça me paraît naturel bien que difficile (et du coup ça me réconforte et m’aide à me dire que je n’avais pas le choix non plus !).

      • 3 kleine grenouilles

        Tu n’avais pas le choix. Attendre qu’il décide de lui-même de faire pipi signifiait prendre le risque de devoir lui poser une sonde urinaire. C’est très important de respecter les décisions de l’enfant… sauf quand il s’agit de sa santé. Un enfant de 3 ans n’est pas conscient des conséquences à moyen et long terme, il réfléchit dans l’immédiateté. C’est aux parents de protéger et de prendre soin de leur enfant, même quand celui-ci semble s’y opposer.
        J’avais été outrée par un article d’une femme prétendant être coach familiale pour aider les mères à être bienveillantes, etc. Elle expliquait qu’il ne fallait pas imposer un acte médical à un enfant qui montrait qu’il n’était pas consentant, que sinon c’était de la maltraitance. Mais la maltraitance, c’est de ne pas prendre soin de son enfant, de ne pas lui accorder les soins dont il a besoin. Si je m’étais opposée à tous les actes et thérapies que ma fille refusait clairement par ses pleurs et en essayant de repousser les mains des médecins et des thérapeutes, quel serait son degré de handicap aujourd’hui ? C’est vraiment dur de voir son enfant se débattre et de le maintenir, de le bloquer mais on le fait par amour, pour que son enfant souffre le moins possible de sa maladie, de sa différence.

  • Nanakie

    Oh mes pauvres 💔
    A la fois j’imagine le refus et le trauma de Petit Lu. À la fois je suppose ta détresse et ton impuissance …. ça a dû être très dur en effet ! J’espère que tout est rentré dans l’ordre pour vous. Tu devais être fâchée contre le médecin !

  • Charlotte - Enfance Joyeuse

    Je suis tellement désolée pour vous… Ça n’a pas dû être facile pour lui, pour ton chéri qui a assisté à cette scène et pour toi aussi. Et puis, tout ce qui s’en est suivi a dû être éprouvant, culpabilisant. Tu sais je crois que quand ça touche à la santé des enfants, la question de la parentalité positive et autre passe au second plan. C’est l’instinct, le côté louve, qui surgit. On réagit tous différemment mais ça a été ta façon à toi. Et il faut aussi l’accepter. Ça ne fait pas de toi une mauvaise mère. Ça réveille juste des douleurs trop difficiles pour toi. Ton cerveau ne peut pas les gérer comme il le ferait pour une » simple » crise du quotidien.
    Comment ça se passe maintenant ? C’est derrière vous ?
    Courage en tous cas, pour lui et aussi pour vous deux, ses parents.
    Vous avez fait au mieux.
    Et puis cette expérience vous aura fait grandir en tant que parents <3

  • petitsruisseauxgrandesrivieres

    Ma pauvre… Vous n’avez pas eu de chance, vous êtes tombés sur un abruti. Mes fils ont (avaient) aussi un prépuce très serré, le pédiatre m’a simplement dit de rétracter le prépuce tous les soirs dans le bain, sans jamais forcer. Ils le font eux-même, et peu à peu, ça se desserre. C’était effectivement la « mode » avant de forcer le décalottage, sauf que c’est presque physiologique chez de très nombreux petits garçons. Forcer favorise juste la formation d’un anneau fibreux au bout du prépuce. Je te conseillerais de changer de pédiatre. Il est déjà âgé ? Souvent ce sont les vieux pédiatres qui font ça.
    Sinon, je me doute bien que ça a du te fendre le coeur d’en arriver là, mais avais-tu vraiment le choix ? Mettre une sonde urinaire aurait été encore plus traumatisant. Parfois on n’a pas le choix, on prend la décision la moins mauvaise. J’imagine que quand ça ira mieux tu prendras le temps de lui expliquer pourquoi tu as été obligée de faire ça, et combien tu en étais désolée.

      • Maman chamboule tout

        Ne t’inquiète pas, j’avais bien compris l’idée 😉
        Oui, c’est en effet un médecin qui approche de la retraite. Comme petit Lu est très peu malade on a jamais pris la peine de chercher un pédiatre, on y va juste une fois par an pour le contrôle de rigueur et une seconde fois si il est malade. Je t’avoue que je ne m’étais pas vraiment renseignée sur le sujet et que le médecin nous a aussi pris par surprise, nous ne pensions pas qu’il ferait quoi que ce soit le jour même. Je ne te raconte pas la culpabilité de son papa quand on nous a dit, à l’hôpital, que ce ne se faisait pas du tout comme ça !

  • Maëliss Doula

    En te lisant, je ressens d’abord de la colère envers ce médecin qui a posé un acte choquant. Je pense que l’association « droit au corps » parle des conséquences d’un décallotage forcé. https://www.droitaucorps.com/

    https://www.droitaucorps.com/conseils-decalottage-force

    Ensuite, n’hésitez pas a vous faire accompagné sur ce chemin douloureux. Ce que vous avez vécu est traumatisant!

    Pour l’accompagner, vous pouvez dessiner la situation, les différents moments. Allez lui parler. « Qu’est ce qui a été le plus dur pour toi? ». Ce que j’ai fait n’est pas ok. Tu as dû te dire… tu as peut-être pensé… »

    Voilà quelques idées qui me viennent…

    Beaucoup d’amour pour vous.

    • Maman chamboule tout

      Merci pour tes conseils ! Finalement ce « malheur » semble avoir été vite oublié. On a quand même passé un weekend a lutter pour qu’il fasse pipi mais, malgré tout, il n’en parle plus, n’a plus eu mal rapidement et ne semble pas présenter de troubles ou de résistance au niveau de la toilette, par exemple. Mais nous serons clairement plus vigilants la prochaine fois qu’un acte médical doit être effectué.

  • Workingmutti

    J’imagine que ça a du être d’une difficulté incroyable. Je dois faire la même chose presque tous les soirs pour mettre de la crème à mon fils qui se gratte au sang et dont le corps ne serait que plaies sans sa crème. J’ai beau me dire que c’est pour son bien à long terme, je me sens vraiment mal. Surtout avec son frère à côté de lui qui me supplie d’arrêter

  • Fredjs

    Je ne réagis jamais aux très nombreux articles de maman que je lis mais celui-ci a rappelé de tellement mauvais souvenirs que j’ai envie de te raconter mon histoire.
    Je vis dans une toute petite ville, nous avons la chance d’avoir un hôpital mais difficile d’attirer les médecins. Le chef de service pédiatrie devrait être en retraite depuis trois ans.
    Pour la visite des deux ans de mon aîné, ce pédiatre m’a stressée en essayant et échouant de le décalotter. J’aurais du me renseigner à ce moment là mais je lui faisais confiance.
    Pour ses trois ans, il a retenté. J’ai du maintenir mon fils, hurlant, pour qu’il réussisse. Je le regretterais toute ma vie. Il m’avait dit qu’il aurait mal deux jours, un doliprane, un peu de pommade et ça passerait.
    Je n’ai jamais pu approcher le zizi de mon fils, que ce soit pour lui mettre la crème, le laver ou juste regarder. Il a hurlé pendant une semaine à chaque fois qu’il devait faire pipi, se retenant pendant des heures, courant partout en pleurant, finissant par se soulager la où il était. J’ai fait du chantage tout comme toi, je l’ai mis dans la baignoire tout comme toi, espérant que l’eau l’aiderait. Mais à trois ans, on ne comprend pas pourquoi on souffre ni comment se soulager, on a juste mal.
    Heureusement, il a toujours fini par se soulager au bout de quelques heures. J’ai pleuré en le voyant souffrir et en sachant que c’était de ma faute car si j’avais ne serait ce que chercher sur internet, j’aurai vu que le décallotage était une pratique archaïque. Le pédiatre m’avait fait peur en parlant opération.
    Il a quatre ans et demi aujourd’hui et se cache toujours le zizi pendant la douche. Je ne peux toujours pas le toucher et il ne se décalotte donc pas « naturellement ». Je ne sais pas ce qu’il adviendra quand il grandira mais je préfère le faire opérer quand il comprendra ce qui lui arrive que de recommencer un acte inutile et très douloureux.
    Courage à toi et à ton fils

    • Maman chamboule tout

      Merci d’avoir partager votre histoire en commentaire. Le traumatisme qu’a subit ton fils est vraiment violent. Je comprends que tu préfères encore en passer par l’opération plutôt que de lui imposer cela à nouveau. Malgré tout, je pense que ce n’est pas ta faute, dans notre culture nous faisons une confiance aveugle aux médecins et remettons rarement leur diagnostic en question. J’espère que votre situation évoluera positivement et que ton petit garçon récupérera progressivement le contact avec son corps.
      Bon courage à vous ❤️

  • Madame Bobette

    Je suis désolée de lire que les choses ont du se passer comme ça pour ton petit Lu… C’est tellement difficile ce que le médecin lui a fait subir… Vive la perte de confiance pour la prochaine fois…
    Mais ne t’en veux pas, ne culpabilise pas. Tu as été inquiète, tu t’es sentie démunie face à ton fils qui souffrait mais qui pouvait potentiellement souffrir encore bien plus si tu n’avais pas fait tout ça. Alors oui, c’est dur de se revoir agir ainsi mais n’aies pas de regret… Je ne crois pas que j’aurais été meilleure dans une telle situation.

    • Maman chamboule tout

      Merci pour tes mots… En effet, je ne pense pas qu’il y avait vraiment d’autre comportement à adopter vu la situation et la seule chose que je regrette c’est qu’on ait fait confiance à ce médecin sur ce point. Cette expérience m’a fait d’autant plus réaliser les difficultés du quotidien de parents d’enfants souffrant de maladies comme c’est le cas, par exemple pour 3kleinegrenouilles que j’admire !

  • Docteur Mamangue

    Pauvre Petit Lu. C’est vraiment archaïque comme méthode.
    Mais vous ne pouviez pas savoir qu’il allait faire ça et les conséquences , alors ouste la culpabilité. Tu as fais au mieux avec les circonstances. Même si je comprends comme cela a dû être difficile à vivre. Te remettre en question ainsi prouve que tu es une super maman!

    • Maman chamboule tout

      Oh merci pour ce compliment ❤️ j’essaie en tout cas… tu as raison, je n’avais pas franchement d’autres façons d’agir vu la situation.

  • Marine

    J’imagine vraiment la torture que ça a dû être. Un de mes fils a déjà fait une infection urinaire, il était plus grand, mais il hurlait en allant aux toilettes. Malheureusement, face à la douleur de nos enfants, on est impuissante… Et pour les problèmes de décalotage, je ne comprends vraiment pas pourquoi ton médecin a forcé. Mes trois garçons ont eu du mal à le faire mais personne ne m’a jamais dit de forcer, le médecin leur a juste montré comment faire… C’est atroce.

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