allaitement
Allaitement

Allaitement et culpabilité

Je suis consciente que j’aborde un sujet délicat à travers cet article. Je vais essayer de le traiter avec le plus d’objectivité et de lucidité possibles. Avant de me taper sur les doigts, merci de lire ce billet jusqu’au bout !

allaitement
Je ressors mes veilles photos mais j’assume ! Ça fait flotter un air d’été sur le blog…

La culpabilité, de manière générale, est un sentiment anxiogène et inutile, inutile dans le sens où elle ne nous permet pas d’avancer et nous maintient dans un état négatif. Nanakie, du blog Pieds nus dans l’herbe, dont j’apprécie toujours la justesse et la qualité des articles, a très bien traité le sujet par ici.

Ce dont je vais vous parler, comme le titre de ce billet l’indique si bien, c’est la notion de culpabilité liée à l’allaitement. On m’accuse parfois souvent de faire culpabiliser les femmes qui n’allaitent pas. Sauf que cette accusation m’est portée lorsque je dis des vérités concernant l’allaitement, quand j’expose des faits. En France (je ne sais pas comment cela se passe ailleurs), il ne faudrait pas parler des bienfaits de l’allaitement de peur de heurter celles qui n’allaitent pas. Ne marche-t-on pas sur la tête ? Si l’on suit cette logique, peut-être ne devrions-nous pas dire que manger équilibré est bon pour la santé au risque de froisser les abonnées au Mac Do ?! Des exemples comme ça il y en a des tas… Alors non, je n’arrêterais pas de parler des bienfaits de l’allaitement sous ce prétexte stupide.

Je suis intimement persuadée qu’une partie des choix de non allaitement sont fait pour des mauvaises raisons. J’entends par là que les parents font ces choix car ils s’appuient sur des idées reçues totalement fausses et je pense que c’est justement le devoir de celles et ceux qui connaissent la vérité de casser ces mythes, en tout cas c’est mon combat. Lorsqu’une maman me dit qu’elle n’a pas allaiter pour ne pas avoir les seins déformés, parce que ça fait mal et que c’est de l’esclavage, ou qu’elle voulait que le papa participe (promis vos hommes sont capables de faire autre chose que de donner le biberon) ou parce que sa mère n’ayant pas eu assez de lait elle n’en aurait pas assez également (si si on m’a déjà dit ça) et bien je considère que c’est très important de lui expliquer qu’elle a tort et pourquoi. Cet article de Working Mutti met particulièrement bien en lumière ce problème. Elle explique comme sa perception de l’allaitement était liée aux idées reçues dont elle avait été bercée.

Tous ces aprioris datent du siècle dernier, vous savez quand les marques de LA ont commencé à s’en mettre plein les poches et ont décidé de « convertir » le corps médical pour gagner encore plus d’argent. Alors oui, lorsque j’entends ça, c’est contre le marketing et les “ont dit” que je me bats car je considère que les jeunes parents ont droit d’être informés. En revanche, une maman qui me dira qu’elle a fait le choix de ne pas allaiter parce qu’elle n’en avait pas envie ne recevra aucune critique de ma part, il ne m’appartient pas de juger ses choix.

En réalité je suis persuadée que si un jour on arrive à casser le cou à tous les mythes ridicules qui foisonnent autour de l’allaitement, les taux d’allaitement remontront tout seuls, sans que l’on ne “force” personne.

Mais revenons à cette culpabilité qui semblent pointer le bout de son nez dès que l’on aborde le sujet de l’allaitement. J’ai mené ma petite enquête et voilà ce qu’il en ressort. Je tiens à préciser que pour réaliser cet article je me suis appuyée sur de nombreux échanges avec plus d’une centaines personnes rencontrées sur des groupes Facebook spécialisés dans l’allaitement, le tire-allaitement et le biberonnage. Je remercie d’ailleurs chaleureusement toutes ces femmes qui ont accepté de répondre à mes questions.

 

“Si tu chante les bienfaits de l’allaitement tu vas faire culpabiliser celles qui n’ont pas pu allaiter.”

J’ai donc échanger avec ces femmes n’ayant pas pu allaiter (environ une cinquantaine), pour voir ce qu’elles en pensaient. En réalité ce n’est pas mes arguments qui les font culpabiliser. Si culpabilité il y a, c’est de ne pas avoir réussi à faire aboutir leur projet. En revanche, toutes m’ont dit qu’elles trouvaient au contraire cela très bien de parler d’allaitement puisque dans beaucoup de cas leurs échecs sont dues à un manque d’information. Comme elles avaient choisi d’allaiter elles étaient déjà convaincues par les bénéfices, elles savent que c’est le mieux pour la santé de l’enfant alors elles pensent qu’il est important d’en parler même si cela leur pince parfois le cœur. L’amie dont je vous parlais ici, qui a du abandonner son allaitement à cause de la souffrance que lui causaient ses abcès, passe son temps à tenter de convaincre les femmes de son entourage de l’importance de l’allaitement, je crois qu’elle est même plus active que moi, c’est dire !

Parlons maintenant de celles qui ont fait le choix de ne pas allaiter. Il s’agit d’un choix, elles l’ont mûrement réfléchis, elles savent pour quelles raisons elles l’ont fait. C’est leur conception du meilleur pour leur enfant comme le maternage proximal l’est pour moi. D’après mes échanges elles ne culpabilisent donc généralement pas. Pourquoi culpabiliser lorsque l’on est en accord avec ce que l’on fait ? J’ai fait le choix de travailler moins pour passer plus de temps avec mon fils au détriment de nos finances. Je sais qu’il y a plein de choses que je ne pourrais pas lui offrir d’un point de vu matériel, peut-être même qu’un jour je lui dirais que non, il doit faire un autre choix pour ses études car nous ne pourrons pas financer 5 années d’école d’ingénieur à 10 000 € l’année. Est-ce que je culpabilise ? Non, parce que je sais pourquoi j’ai fait mon choix et qu’il est en accord avec mes principes.

 

Et les autres dans tout ça ?

Que viennent-ils faire là, les autres, on parlait pas allaitement et culpabilité ?

Et bien si, mais je pense que les autres ont justement toute leur place dans ce billet. En effet, cette culpabilité, qui a si bon dos, ne serait-elle pas en fait une difficulté à assumer ses choix face aux jugements d’autrui ? C’est certain que lorsqu’on fait le choix de ne pas allaiter on fait face à des critiques (cela dit l’inverse est vrai aussi, rassurez-vous !). Répondre aux personnes qui les émettent “c’est mon choix et je n’ai pas à me justifier” est bien moins simple que de les accuser de vouloir faire culpabiliser les jeunes mamans. Il m’est déjà arrivé de dire que nous faisions du cododo à cause de l’épuisement mais qu’on arrêterai dès que possible en mode “parents qui culpabilisent”, juste pour avoir la paix, parce que ce jour là je ne me sentais pas la force de me battre pour mes convictions. Alors je sais qu’elle a parfois bon dos, notre amie la culpabilité ! Cela dit, quand on voit les taux d’allaitement français au ras des pâquerettes, je pense, Mesdames les biberonnantes, que vos interlocuteurs se la jouent un peu et doivent facilement pouvoir être mouchés par quelques commentaires bien sentis.

Maintenant que je vous ai dit tout ça j’espère que c’est clair entre vous et moi. Non je ne dis pas que l’allaitement c’est le mode d’alimentation physiologique du petit humain pour faire culpabiliser les mamans qui n’allaitent pas, je le dis car c’est la vérité et car je sais que ce n’est pas encore une évidence pour tout le monde. Je n’ai pas de problème avec les mamans qui n’allaitent pas et qui assument (bien entendu une petite voix en moi à envie de les convaincre mais promis je la fais taire), je n’ai aucun droit de les juger. Mais je continuerais à plaider la cause de l’allaitement car elle a grand besoin d’être défendue. Nous sommes en 2019 et des médecins continuent de vous dire qu’il n’y a pas de différence entre du LA et du lait maternelle alors même si cela gêne j’ai envie de crier que c’est faux, que le lait maternel est ce qu’il y a de mieux pour l’enfant. C’est un fait et je me battrai encore pour que cela soit reconnu.

 

Et vous, quel est votre avis sur le sujet ? Culpabilité or not culpabilité ?

 

Suivez maman chamboule tout !

13 commentaires

  • Montecot

    0 culpabilité ! J’allaite mon bébé qui va avoir un an, j’ai des amies qui ont allaité, d’autres qui ont fais le choix de ne pas le faire, ma marraine n’as pas pu allaiter son 1er du au manque d’information et de formation du personnel lors de son accouchement, pour la deuxième pareil, elle n’as pas réussi et je suis triste de ne pas mettre renseignée bien plus tôt sur l’allaitement (Bon après j’avais 12 ans pour son 1er 😂). Mais je sais que si elle avais eu le soutien que moi j’ai eu elle aurai pu !!
    Je suis totalement d’accord avec toi et avec ce que tu dis !

    • Maman chamboule tout

      Hélas il y a tellement de femmes comme ta marraine qui sont mal accompagnés, c’est vraiment à ça que je rêverai de remédier !

  • Nanakie

    Merci pour le clin d’oeil !
    Incroyable ce travail de recueil de témoignages que tu as fait ! Tu as mené une vraie enquête !

    Eh oui c’est un phénomène que l’on lit beaucoup avec l’allaitement (mais aussi pour d’autres sujets, comme l’écologie) « message de santé publique » = culpabilisation de ceux qui « ne font pas bien ». Mais non, il n’est pas question de pointer du doigt si untel fait bien, untel ne fait pas bien. Il est question de donner des informations vraies, prouvées, qui peuvent apporter un bénéfice à la santé générale ! Mais bien évidemment, le choix « biberon » n’est pas « une option de seconde main », et le LA n’est pas pour autant considéré comme « un poison » (commentaire lu sur les RS cette semaine, sous un post qui dénonçait la désinformation autour de l’allaitement justement !) !

    Je suis donc 100 % pour la vraie information, et surtout qu’enfin les professionnels reçoivent une formation digne de ce nom en allaitement bon sang ! Pour qu’enfin les parents puissent faire un vrai choix éclairé, et non basé sur les on-dit de Tata VieilleFrance et les diagrammes d’un vieux prospectus lu dans le cabinet de l’ORL du coin.

    • Maman chamboule tout

      Oui tu as raison, la culpabilité est omniprésente chez nous et tu l’expliques très bien dans ton article ! Je pense qu’il est important que chacun travail sur ce problème pour qu’on arrive à s’en détacher !

  • Pachamaman

    C’est vraiment super que tu aies pris le temps de parler avec toutes ces mamans ! Il n’y a pas a badiner, il faut continuer à partager les informations liées à l’allaitement. Pour ma part j’ai toujours cru que ma mère nous avait allaiter, enfait si mais quand j’ai appris qu’à trois mois la pédiatre lui a dit de passer au LA j’étais vraiment choquée, si à cette époque elle avait accès comme nous aussi facilement à toutes ces infos ça aurait été peut-être différent. Le sujet que tu as choisi pour ton billet en tout cas est très intéressant. Il n’y a pas de gueguere à se faire entre allaitantes ou non, juste donnons l’information, échangeons et laissons les gens choisir par eux-mêmes ce qui leur paraît le mieux. Vu ce qu’il se passait y a quelques années en arrière y a encore un petit chemin à faire (ça devait être révolutionnaire le lait en poudre quand c’est apparu… heureusement on en sort petit à petit car on ne se fait plus berner), peut-être qu’un jour on arrêtera même de recevoir des pubs nestle et pampers dans nos boîtes aux lettres (qui a vendu mon adresse à ces deux gros ****$]¥]!_ ??!!!!) haha.
    À bientôt 🙂
    Jessica

  • Workingmutti

    Je dirais que je n’ai pas vraiment ressenti de culpabilité de ne pas avoir allaité mes premiers. Je pense sincèrement que c’était le meilleur choix pour nous à l’instant T. Là où ça me gène c’est lorsque les femmes biberonnantes se font insulter les réseaux sociaux (Anna Roy, la SF de la maison des maternelles a reçu des menaces de mort pour avoir dit que les femmes étaient libres de choisir).

    Mais je pense sincèrement que les femmes qui sont si virulentes sont une minorité bruyante qui dessert plus la cause de la promotion de l’allaitement qu’autre chose. Le choix des femmes ne pourra se faire de manière éclairée que lorsqu’elles auront une info impartiale, une écoute bienveillante vis-à-vis de leurs peurs. Clairement, aller à l’affrontement sert juste à braquer tout le monde et à rester sur ses positions sans aller plus loin.

    Les associations de promotion de l’allaitement sont vraiment plus dans une écoute et dans une déconstruction des mythes. Elles ont aussi bien souvent des informations plus fiables que les médecins …. J’ai pu échanger avec une bénévole de LLL et franchement, chapeau pour son professionnalisme (j’en parle d’ailleurs dans mon article du jour). On peut être militant, et objectif et mesuré (ton blog en est la preuve 😉 ).

    La culpabilité est venue lorsque j’ai su que je ne pourrais pas mener à bien mon projet de tire-allaitement pour cette grossesse.

  • Charlotte - Enfance Joyeuse

    Ton combat et tes paroles sont entièrement justifiés.
    Oui, tu as le droit de prôner l’allaitement et ses bienfaits.
    Et on sent bien, à travers tes articles que tu ne le fais pas pour culpabiliser les mamans qui n’allaitent pas mais plus par envie d’informer. Car, comme tu le soulignes justement, le manque d’information est souvent la cause principale du fait que les femmes n’allaitent pas.
    A bientôt,
    Charlotte.

  • Docteur Mamangue

    Un sujet qui revient souvent dans les commentaires sur l’allaitement, cette notion de culpabilisation. Je trouve donc très intéressant d’en avoir fait un article….pas culpabilisant!
    Je comprends et partage complètement ton point de vue.

    • Maman chamboule tout

      Merci beaucoup docteur 😉 oui l’idée est vraiment de ne pas culpabiliser mais de rétablir des vérités sans se faire taper sur les doigts !

  • petitsruisseauxgrandesrivieres

    Le lait de vache est fait pour les veaux, le lait de femme pour les bébés ! C’est ainsi. Au nom de la liberté de choix, on en arrive à des discours absurdes. Après je comprends tout à fait le choix assumé et éclairé de certaines femmes de ne pas allaiter, à chacune son histoire et on n’a pas à juger. Mais cela ne doit pas amener à dire de grosses calembredaines derrière. Je n’ai que peu allaité, pour autant je suis persuadée que physiologiquement, c’est le mieux pour un bébé.

    • Maman chamboule tout

      J’aime bien ta phrase le lait de vache au veaux et le lait de femmes aux bébés, c’est tout simple mais ça résume bien la logique du fonctionnement du mammifère… sauf que ce n’est pas une évidence pour tout le monde !

  • Julie

    Je suis bien d’accord avec toi. Les mamans qui font le choix du biberon ne culpabilisent pas vu que c’est leur choix et c’est pas non plus mauvais pour le bébé, mais ce choix doit être bien éclairé et non pas basé sur des fausses informations bien sûr. Je fais partie de l’autre groupe, les mamans qui voulaient allaiter mais où ça n’a pas super bien fonctionné. Trop peu de lait, j’ai dû compléter avec des biberons et j’ai culpabilisé d’avoir un corps qui ne remplit pas bien cette fonction! Et puis j’ai compris qu’il y avait bien d’autres problèmes plus importants et que ce problème avait une solution toute simple, utilisée par des tas de femmes depuis pas mal d’années.
    Culpabilité envolée, et j’ai quand même allaité pendant un an et demi 🙂

    • Maman chamboule tout

      Je t’admire beaucoup d’avoir tout de même continuer à allaiter ton bébé malgré les difficultés ! Il a donc finalement profité de ton lait pendant 1 an et demi et ce n’est pas très grave d’avoir compléter tant que bébé n’a pas faim !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *